Championnat de Suisse 2008
Après deux belles sélectives à Laragne et St.Hilaire on enchaîne le Championnat Suisse à Engelberg ! On ne va surtout pas s’en plaindre !! Mon père continue assidûment à me suivre avec son camping car et m’assiste impeccablement, un vrai bonheur !
Première Manche
Débout à 6.00 hrs, préparation et chargement du matos, briefing d’accueil, navette, télésiège et on est au décollage dans un cadre splendide à 360° !!

Au deuxième briefing paf, 130 km au tableau avec plusieurs franchissements de vallées, ça commence fort ! Décollage une heure avant la Start pour tester la masse d’air et de suite au plafond avec une belle grappe « d’énervés ».

J’ai une patate d’enfer, je suis bien placé pour prendre le premier départ chrono donc: feu !! Longue transition vers B1, 35 km au Nord-Ouest, j’allume de suite avec «le couteau entre les dents», mais à l’approche du relief en face un problème se pose d’entrée. J’arrive légèrement en dessous de la crête par le Sud, logiquement il faudrait prendre les versants Est qui sont au soleil depuis le matin mais, de ce coté, la vallée est fermée un peu plus loin et je risque de me faire piéger si ça ne monte pas, je me vois donc obligé de prendre les versants Ouest et je vais comprendre de suite ma douleur ! Le soleil n’à pas encore chauffé suffisamment cette partie du massif, pendant plusieurs kilomètres j’avance bien dans l’axe de la balise mais je ne monte pas et me retrouve un peux plus loin à gratter tous les sapins du coin !!Gros coup de frein en entrée de jeux pendant qu’une première grappe file satellisée vers B1. J’observe l’eau du lac en dessous et le vent est canalisé Nord-Est, une petite épaule pas loin pourrait me faire éventuellement rebondir dans le ciel, j’y vais collant la pente comme une sangsue, bip-bip-bip, un +0.5 m/sec, je prends !! J’enroule avec toutes les précautions nécessaires à optimiser mon ascension vers les crêtes mais à ce rythme là ça prend du temps et une deuxième grappe me nargue en passant bien au dessus ! Je réalise à quel point mon attaque immédiate était une grosse erreur !! Le taux de montée évolue positivement jusqu’au premier col ensuite il explose d’un coup au dessus du sommet jusqu’au plafond. Pas la peine de s’affoler, j’ai au moins une demi-heure de retard dans les dents, il faut penser absolument à assurer le but. Longue transition vers l’Ouest, le chemin est balisé par des dizaines de deltas, je me secoue pour essayer de re-gratter quelques minutes et en arrivant sur le massif suivant toute la pente est alimentée par la brise (en Sud-Ouest cette fois) de cette autre énorme vallée. En un aller-retour rapide je franchis B1 et me replace au vent pour remonter et entamer une prochaine branche de 60 km vers B2 à l’Est ! Re-plafond, le paysage est somptueux, j’avale les kilomètres avec aisance et grâce au balisage thermique des concurrents qui me précèdent; je reviens sur le décollage où la pompe de service n’attend que moi ! Au plafond très rapidement je bascule sur les sommets à l’arrière du décollage en suivant la ligne des crêtes enneigés, j’observe un gros cumulus plus au Sud, une aile enroule juste en dessous, deux rapaces m’indiquent la source du thermique et c’est dans la poche, jusqu’à la base du nuage avec les deux oiseaux, ensuite feu, dans l’axe de la balise. Tout seul, 12 km de B2, finesse 11, je colle les yeux sur le GPS et l’aiguille me conditionne au point que je transite au beau milieu de la vallée alors que les crêtes plus au Nord sont surmontées par des beaux cumulus ! Putain, erreur de navigation cette fois, je cumule les conneries !! C’est déjà trop tard quand j’aperçois plusieurs ailes scotchées à ces merveilleux nuages, je ne peux pas faire le détour sous peine d’arriver au pied du massif, je navigue parallèlement pendant quelques kilomètres ensuite je vais m’appuyer sur un versant exposé Ouest pour essayer de remonter car la vallée se ferme tout au bout ! Bonne intuition ou chance, un thermique assez haché (sous le vent ?) et quelques spirales après j’ai finesse 7 pour franchir B2 !! A l’abordage de B2 comme un missile, 30 km du but, de suite avec rage vers la pente Sud en face où je croise Fabien qui a eu le bon sens d’acheminer du bon coté de la vallée. Le secteur est bien alimenté, le prochain ascenseur ne tarde pas à se manifester, je refais le plein avec Fab jusqu’au dessus de la ligne de crête, il attaque en premier, je deviens son ombre et comme deux dauphins on arrive presque au bout de la crête sans problèmes majeurs. Il diminue la cadence, je le dépasse et j’ai finesse 12 pour rentrer au but mais le grand lac à traverser m’inquiète un peu, pourtant le vent météo est pratiquement nul ! En m’avançant encore vers le bout du relief un bon thermique se manifeste, j’enroule quelques spirales jusqu’à finesse 10, ensuite j’entame cette magique traversée en tirant mon overdrive au maximum ! La masse d’air est comme l’huile, plus j’avance plus la valeur de finesse s’améliore jusqu'à atteindre la valeur 8 à 6 km de l’arrivée !! Les jeux sont faits, j’écrase au maximum ma trajectoire et je rentre enfin au but où une marée d’ailes est déjà au repos !!
Je viens de me « taper» 130 km de vol mais je suis déçu de ma performance, deux grosses erreurs sur le parcours (l’une de précipitation, l’autre de navigation) m’ont coûtée très cher, je me prends une heure pleine dans les dents !! Mon père enfonce un peu plus le couteau dans la plaie en me demandant tranquillement :
« Hai fatto la siesta ? » (Tu a fait une sieste ?).
Après une bonne soirée en compagnie et un dîner comme à la maison, il ne me reste que tourner la page et me concentrer sur la prochaine manche !
Deuxième manche
Débout à 6.30 hrs , un bon petit déjeuner et c’est reparti pour une deuxième journée de vol.

Au briefing c’est du sérieux : 164 km avec 4 balises à contourner ! Grosse tension au moment de décoller avec du vent arrière persistant et des pilotes qui s’énervent pour un rien, ensuite la pompe de service nous colle de suite au plafond ! Dans la grappe, j’arrive à maintenir le contact avec les meilleurs pilotes du plateau et au premier départ chrono c’est une course effrénée qui se déchaîne vers B1 à 22 km à l’Ouest. Première transition sans « prendre feu » comme hier, j’arrive bien au dessus de la ligne de crête et au thermique suivant le plafond est à nouveau assuré ! Beaucoup de trafic en l’air, par moments ça passe vraiment tout près, il faut avoir des yeux partout et avoir un pilotage très réactif ! Transition rapide dans un nuage de deltas sur le sommet suivant et très rapidement B1 est contournée. Demi tour vers B2 pour une branche de 63 km vers l’Est en croisant un gros paquet de poursuivants, images et instants volés, deux thermiques plus loin on est déjà à la verticale du décollage alors que les cadors prennent l’avantage, pourtant je n’ai pas l’impression de me balader !! Cinq pilotes avec moi, on enroule aile contre aile en transitant ensuite sur la ligne de crête vers le prochain segment au dessous d’un magnifique lac. Je suis devant mon groupe et juste avant d’aborder la traversée du lac j’hésite quelques instants et de suite quatre ailes me dépassent ! Tant mieux je me dis, ils vont me baliser le thermique une fois de l’autre coté ! Ca ne tarde pas, une fois sur le massif opposé le premier arrivé prend une baffe monstrueuse, on arrive juste derrière et à notre tour de monter comme de fusées au plafond ! J’arrive à prendre l’ascendant sur mes concurrents directs en exploitant mieux la pompe et j’attaque en premier la prochaine longue transition vers B2. Un peu plus loin j’ai le même souci que hier, le GPS me perturbe dans le choix de la vallée à suivre, je quitte l’axe pour aller me mettre au vent plus au Sud, je me tourne ma tête en arrière m’attendant à être suivi de prés, personne en visuel !! Tout seul à 3000 m dans l’immensité de cette chaîne montagneuse, ciel tout bleu devant je traverse un très long secteur complètement immaculé de neige, en voulant suivre la ligne de crête je sors complètement de l’axe de la balise et je me rends compte (trop tard) d’avoir fait une autre erreur de navigation ! Je m’insulte copieusement et je rebascule vers le Nord, c’est très engagé sur plusieurs kilomètres mais j’ai encore du gaz et un cumulus en formation au fond de cette énorme vallée fermée attire toute mon attention ! J’estime le nuage à une distance de 5 km, il me le faut à tout prix, j’augmente la cadence, j’aperçois un rigide collé à sa base et un parapente enrouler timidement beaucoup plus bas ! C’est comme si une mouche m’avait soudainement piqué, j’allume comme un taré pour aller chercher cette pompe miraculeuse, les derniers kilomètres défilent rapidement mais mon capital en altitude en prend une grosse claque ! Une fois dans le secteur mauvaise surprise, soit le cycle thermique est bien terminée, soit je suis trop bas pour espérer l’accrocher !! Je commence une longue descente en enfer !! Je prospecte dans tous les sens, des petites bulles que je n’arrive pas à tenir plus de deux tours, je reviens carrément en arrière en me disant que je suis arrivé trop vite et j’ai percé le thermique sans m’en rendre compte, soit, je patauge dans ce secteur sans pouvoir monter et je ne peux pas m’avancer vers la balise parce que je suis en dessous du col du massif !! Dernière option, des falaises au Nord, il faut absolument que j’arrive au dessus !! En flottant tout doucement à finesse max j’arrive effectivement quelques mètres au dessus d’un mur vertical et mon vario commence timidement à se faire entendre ! Concentration maximale, je fais deux grands huit en dynamique et je gagne encore quelques précieux mètres, une bulle pète devant mon nez, j’enroule avec détermination et je dérive vers un couloir situé un peux plus haut vers le sommet quand j’aperçois une grappe énorme transiter au dessus de ma tête à une altitude stratosphériques ! T’est largué mec ! Encore quelques étroites spirales et le thermique m’explose à la gueule, avec beaucoup d’acharnement je sauve la mise avec un plafond à 3200 m!! Je dégage plein Est vers B2 au dessus d’un impressionnant désert blanc assortis des crêtes verticales, pas de soucis majeurs pour franchir la balise en milieux de vallée, retour immédiat sur la pente, en quelques minutes de prospection le vario hurle comme un fou et je remonte au plafond à une vitesse hallucinante !! 30 km pour atteindre B3 au Nord-Ouest, toujours tout seul je transite en plein dans l’axe de la balise, les conditions s’améliorent sensiblement, des beaux cumulus en formation à l’horizon me redonnent confiance, j’augmente la cadence et à 15 km de mon troisième point de contournement je croise les premiers en estimant mon retard à une bonne demie heure. Une belle confluence un peux plus loin me permet d’atteindre B3 rapidement, quand j’observe un épais voile de cirrus à l’Ouest !! Merde, il manquait plus que ça maintenant !! D’ici peu tout va passer en hombre !! Cela me mets en agitation, il faut se dépêcher, je déboule sur B3 comme un avion, demi tour à toute vitesse pour B4, 19 km à l’Est, je bâcle le plafond quelques kilomètres plus loin en profitant de la même confluence qu’à l’allée, l’ombre gagne du terrain, B4 est partiellement dans le noir, à l’Ouest le soleil va bientôt mourir derrière la couche nuageuse, je stresse !!
Soucis majeur, avec tous ces zigzags entre une balise et l’autre je ne sais plus dans quel sens je dois partir après le contournement de B4, pas de radio (coupé juste après le décollage), comment faire ? Le seul moyen de le savoir est de la franchir au plus vite, il n’y a pas de temps à perdre, tout va s’éteindre bientôt ! 3 km de B4, je survole les avants reliefs et j’aperçois une belle grappe enrouler en altitude, je force le passage sur la balise, le Cap s’affiche, plein Ouest et 28 km pour le but !! Merde, trop bas pour partir à l’Ouest, obligé de me recoller au relief à l’ombre en espérant en un miracle, mais je ne suis pas à Lourdes et je me retrouve pris au piège !! En même temps j’observe la grappe quitter le nuage, franchir B4 et partir tranquillement vers le But ! Je m’en veux, je mal mémorisé le dessin du circuit dans ma tête (encore une erreur de navigation) par conséquence, pris par la précipitation des événements, je n’ai pas su préparer mon entrée sur B4 et la sortie vers l’arrivée ! Je le paye cash, direct !! Je tente une transition désespérée vers la plaine en poussant au maximum ma trajectoire vers l’Ouest et le But, un grand lac me contraint à poser mon aile à sa bordure après 148.5 km de vol ! Je devrais être content après un vol d’une telle ampleur, mais une fois de plus je ressens une énorme frustration ! La compétition a aussi ses cotés pervers, j’en suis en plein dedans !! Fabien toujours très régulier rentre au But (Bravo mon pote !!) et viens ensuite me récupérer avec mon père qui tente de me consoler comme il peut ! On discute longuement dans la voiture et au dîner du soir j’ai une profonde remise en question ! Je redéfinis mes objectifs, on parle de vitesses de transition, points d’aboutissements, gestion de changements de rythme, acheminements en groupe et ré motivation, en suite tous au dodo, demain il fait se lever tôt… pour aller voler.
Troisième manche
Le réveil me sort du lit encore une fois à 6.30 ! Un bon café et je retrouve mes esprits, j’ai tourné la page sur les manches précédentes, d’après tout je suis là avant tout pour me faire plaisir et voler, à quoi bon de tirer la tronche ? Avec calme et sérénité j’enchaîne la routine habituelle en vue de cette prochaine course dans le ciel et au briefing encore 130 km affichés au tableau ! Très concentré pendant le briefing parallèle avec l’équipe de France, « j’enregistre » le parcours dans ma tête, je lis attentivement le bulletin météo et j’analyse les passages clefs ainsi que les massifs à survoler pour contourner et ressortir des différentes balises.
A l’ouverture de la fenêtre je suis prêt, décollage, pompe de service comme d’hab et boummm au plafond !

Pas de difficultés à rester en altitude mis à part qu’aujourd’hui la grappe et vraiment très concentré !! A 10 min de la Start vigilance et concentration maximum dans un énorme merveilleux manège de deltas, rigides et parapentes ! Des instants pareils vous font oublier même qui vous êtes, cela atteint un degré d’excellence extrême !! Pendant cette ascension magique le pilote se fonds dans la grappe, la grappe se fond dans le ciel jusqu’à devenir le ciel lui-même, l’espace, la nature, l’univers, une parfaite symbiose !
Un regard au GPS, l’écoulement du temps me sors de cet état « second », je suis bien placé pour le premier départ chrono et je m’en vais entouré d’un escadron compact d’ailes concurrentes ! Première branche de 55 km vers B1 plein Ouest, l’acheminement est semblable aux manches précédentes sur la première partie du parcours, je connais bien les relais thermiques et je n’ai aucun mal à garder le contact avec la grappe de tête ! Longue traversée de vallée et de suite au plafond sur le versant opposé, facile, tout est alimenté, les kilomètres défilent à une vitesse diabolique et B1 sur Interlaken est franchie en moins d’une heure !! Demi tour et paf, 15-20 km/hr de vent de face travers, re-plafond pour rester haut et aller rechercher la ligne de crêtes du retour sur une branche de 57 km vers B2 ! Mon regard est captivé par les sommets enneigés au Sud, le massif de la Jungfrau avec des crêtes culminantes à plus de 4000 mètres, images de rêve ! Mais bon, on ne fait pas du tourisme, devant ça trace et derrière ça pousse, je regagne de force « l’autoroute » du retour et pendant environ 10 km on glisse en dynamique en file indienne sans tourner un seul virage !! Presque au bout du relief je me fais distancer par les fous furieux et en voulant suivre la cadence j’écrase trop ma trajectoire, je perds le bénéfice de la crête en m’effondrant de suite d’une centaine de mètres ! J’essaye de coller au maximum la pente et je me prends un grand coup de chaleur : Juste devant, légèrement en dessous, un câble de téléphérique tendu vers la vallée me fais sursauter dans mon harnais et je pousse instinctivement sur la speed bar même si ça passe sans problème !! Ouffff, 20 mètres en dessous à cette vitesse aucune chance de l’éviter !! J’ouvre la trajectoire et j’avance toujours quand un delta devant moi (Manfred Haas) détecte un puissant thermique, on refait le plein en compagnie de Patrick Chopard aux commandes de son merveilleux Atos VR et de suite on transite sur le sommet suivant ! Une petite grappe se détache et dégage déjà au Sud-Est en traversant l’énorme vallée vers le massif en face, je me retrouve en compagnie de Manfred et Luis (Rizo) et au bout du relief un autre beau thermique nous expédie une fois de plus au plafond ! Luis attaque en premier et pars comme un missile plus à l’Est en plein milieu de vallée, il veut anticiper la grappe de tête, je colle juste derrière ! Son aile est visiblement plus performante que la mienne en transition et il me largue de quelques encablures, mais je ne le quitte pas des yeux et je vois déjà où il veut aller chercher la pompe sur le massif opposé ! Un versant exposé en plein soleil, un grand couloir incrusté des rochers et ravines avec un beau cumulus juste au dessous !!
Accélère, accélère !!!Overdrive tendu au max, les yeux toujours rivés sur son aile et il se prend une baffe monstrueuse, je me prépare, ça va être pour ma pomme dans quelques instants ! Je détends immédiatement l’overdrive et quelque chose qui ressemble à une explosion me frappe de plein fouet !! L’aile monte à la verticale, le vario hurle à la mort, j’essaye d’incliner la machine et en une fraction de seconde le nez du delta me passe devant, la barre de contrôle devient toute molle, tête en bas et jambes au ciel, je passe à deux millimètres d’un magnifique tumbling et en une piquée verticale je prends une accélération énorme, aaaarrrrghhh, ressource, je reprends le contrôle !! Mamma mia, c’est vraiment passé tout juste !! Luis monte toujours, sans réflechir je reviens affronter le « monstre ascendant », badaboumm, sous le vent de la crête, je rentre en apnée à plusieurs reprises et je ne sais plus si c’est moi qui prends le thermique ou si c’est le thermique qui me prends !! Avec des énormes contraintes physiques et mentales je ressors au sommet de la crête, le thermique se stabilise et je regagne le plafond ! Seul au monde sur plusieurs kilomètres jusqu’en approche du décollage où je vois 3 ailes enrouler, accélère !! J’arrive au dessus et je reconnais l’aile d’Alex Ploner de l’équipe Italienne, on enroule ensemble à 3 km de B2, en suite et d’après les calculs de ce matin, on devrait pouvoir joindre B4 et l’arrivée en une seule dernière transition ! Je reste avec mon compatriote en sachant que c’est un très bon pilote, il ne fera pas d’erreurs ! Il quitte en premier le thermique et en un éclair il file vers B2 en prenant de suite l’avantage, je fais de même, demi tour vers B4, finesse 10, c’est tout bon, toujours à fond je franchis la dernière balise et le GPS donne finesse 6 pour le But ! J’écrase la speed bar jusqu’au genoux mais la masse d’air est tourmentée, à vitesse max je me prends une claque qui m’arrache la main droite de la barre et je pars en un horrible virage décomposé à gauche !! Putain, décidemment! En serrant les dents et dans un dernier effort, je reprends le contrôle et franchis enfin la ligne d’arrivé !
Félicité de suite par mon père et Raymond Caux notre entraîneur, ça fait du bien au moral, une manche parfaite, il me fallait ça pour me ré booster !!
Quatrième Manche
Toujours débout avant 7.00 hrs je commence à sentir la fatigue s’installer ! Briefing et une petite manche de 86 km vu les conditions précaires avec risque d’orage déjà en début d’après midi !! Avant l’ouverture de la fenêtre plusieurs Congestus dans le secteur et un gros Nimbus très loin au Nord, je suis très inquiet !! Les premiers décollages se suivent mais le versant passe en hombre et un rideau de pluie est bien visible juste dans l’axe de B1 !! Ils ne vont pas nous envoyer dans la gueule du loup, quand même ?? Toute la pente est en hombre, ça ne monte même pas à la pompe de service, et c’est à mon tour d’y aller !! Je lève mon aile et au même moment un des assistants au décollage mets les bras en croix et me dis que la manche est annulée ! Quel soulagement !! Je décolle et je me laisse glisser jusqu'à l’atterro !! Après midi relax, je mange deux belles saucisses en arrosant le tout avec une bonne bière fraîche ! Bénéfique !!
Cinquième Manche
Ce matin au réveil, grâce au repos forcé de hier, j’ai vraiment bien récupéré et je me sens en forme pour affronter cette nouvelle et dernière journée de vol ! Au décollage on observe un vent assez important en Sud-Est et au briefing la manche imposé est de 109 km ! D’après le dessin du circuit à parcourir, le vol se fera en grande partie sous le vent, (ahi, ahi, ahi !!) avec un passage décisif sur B2 (1200m) sous les rotors des sommets du Titlis qui culminent à plus de 3000 mètres !! J’essaye de conserver le calme et me concentrer sur une stratégie donnant la priorité à l’arrivée au But. Une fois en l’air la lessiveuse est en route avec des grosses difficultés à monter en altitude, les turbulences et la proximité des ailes concurrentes n’arrangeant pas les choses ! Finalement à 10 min de la première Start j’arrive à faire un plafond correct, et vu l’évolution de la météo je me dis qu’il ne faut pas traîner ! C’est parti vers B1, 35 km à l’Ouest ! Mis à part les baffes qu’on se prend, les premiers 20 km du circuit sont survolés, ensuite des surdéveloppements dans l’axe de la balise me font craindre le pire !
Tous les versants Est marchent du tonnerre et quelques kilomètres plus loin j’arrive à monter environ 200 mètres au vent d’une épaisse colonne nuageuse que je me vois obligé de contourner par le Sud (spectacle fascinant) pour me remettre dans l’axe de la balise. Le ciel est tout noir devant, mais les versants du massif de l’autre coté de la vallée sont au soleil, je trace comme un boulet de canon et quelques instants après une averse de pluie et petits grêlons me tombe sur la tête !! J’essaye de me dégager au plus vite, heureusement ça ne dure pas longtemps et une fois que la visière de mon casque à retrouvé une visibilité normale, je passe «au scanner» le versant ensoleillé à quelques encablures devant moi. Bingo ! Un parapente enroule une généreuse pompe au dessus d’une combe bien exposée, je dose mon glide pour arriver bien au dessus de mon point d’aboutissement et ça marche de suite, je remonte en altitude et je m’avance sur la ligne de crête suivante ! Du monde dans ce secteur, je reconnais de suite Mario(Alonzi) et Christian Voiblet qui me passe tout près à la même altitude, je lui colle au cul, il vole très vite, on enroule ensemble un peux plus loin et B1 est dans la poche ! Demi tour vers B2, il faut absolument monter en altitude avant de traverser la vallée à l’Est et avec les sommets à plus de 3000 mètres juste en face c’est sûr que ça va être les « montagnes russes » ! Je rentre dans une « bombe atomique » quelques instant après et je monte comme une fusée au ciel, le thermique dérive bizarrement au Sud-Ouest, je l’exploite jusqu’au plafond, en suite c’est parti plein Est ! Grosse averse au Nord de cette même vallée, vers B2 le secteur est partiellement en hombre (j’angoisse), face au vent par moments, le taux de chute est vertigineux ! Heureusement un «horrible» thermique sur la pente sous le vent m’expédie au plafond accompagné par les poursuivants qui remontent à un rythme effréné !
Je suis à 3200 mètres à 2 km de B2, l’endroit que je survole est effrayant, falaises verticales, sommets enneiges à perte de vue, deux langues des glaciers plus au Sud, la masse d’air bouillonne, la puissance de la nature m’étouffe et me fait sentir un être insignifiant !
Je veux fuir de cet endroit aussi majestueux qu’impressionnant, B2 est vite dans la poche, je dégage en enfilant une longue ligne de crête vers le Nord et j’observe le plafond s’écraser sous le vent à l’horizon ! C’est ne pas fini, encore une cinquantaine de kilomètres à parcourir dans ces conditions, ça va faire mal au bras ! Environ 15 km plus loin ça se confirme, une lessiveuse ascendante me monte au plafond du nuage qui n’excède pas les 2400 mètres (800 m de différence!!), je traverse et j’arrive à la verticale du décollage et je me fais décalquer la tête dans tous les sens !! J’en ai vraiment marre de me faire taper, dans mon esprit l’idée de laisser tomber la dernière partie du parcours et me laisser glisser à l’atterro, prend place ! Je me fais violence pour chasser cette connerie de ma tête et je martèle mon mental avec mes phrases fétiches : Baisse pas les bras, ne laisse pas tomber, tu peux y arriver, tu va aller jusqu’au bout, tu va aller jusqu’au But ! Je remonte et je vais me placer sur les crêtes au vent à l’arrière du décollage, 7 km de B3, ça ne monte pas des masses mais je me maintiens sur les sommets et j’approche de la balise où je retrouve Mario ! Contournement facile et demi tour vers B4, dernière balise !! En connaissant la valeur de notre Champion de France je décide de ne plus le quitter, on avance avec hésitation dans l’axe de la balise et un dernier relief nous barre la route ! Finesse 12, mais on arrive pas à passer ce putain de col, on essaye vainement de remonter, finalement on contourne l’obstacle par le Nord et on se rend compte d’avoir mal préparé la navigation au matin ! B4 est à 2 km de l’arrivée, vraiment pas la peine de remonter, ça rentre en une seule transition !! Bref, il part devant comme un avion, quelques minutes plus tard on est au But, mission accomplie !
Conclusions :
Semaine épuisante pour le mental et pour le physique, heureusement que cet hiver je n’ai pas chômé ! 4 manches courues pour un total de plus de 500 km et environ 16 hrs de vol ! Bon, finalement on n’est pas des Surhommes, le tout est de bien se préparer pour, et bien en avance. Encore beaucoup d’expérience cumulée pendant ce Championnat Suisse au niveau bien élevé, j’en retire beaucoup d’enseignements ! Le résultat sportif mise à part la troisième manche où je rentre dans le top 5, n’est pas très enthousiasment, ce qui prouve qu’il y a encore du travail à accomplir pour essayer de gravir des échelons supplémentaires. Ma tendance caractérielle à « prendre feu » m’à joué des mauvais tours, je dois apprendre à doser mes impulsions, éviter de jouer au cavalier seul en début de compète, optimiser mes transitions, mieux intégrer la navigation des circuits sur des sites méconnus, enfin me remettre tout le temps en question pendant le vol pour essayer de tirer le maximum de profit de la manche en cours.
Voilà, j’ai « vidé mon sac » ! Vous pouvez consulter les résultats et voir plein des belles photos sur le site officiel :
http://www.deltaclub-stans.ch/sm08/index.php?option=com_frontpage&Itemid=1
Toutes mes amitiés et beaux vols à tous
piero