ANNECY Mai 2007
Vendredi 18.05.2007
Après 24 hrs de pluie non-stop le soleil re-apparaît, le ciel d’abord très chargé et brumeux devient de plus en plus beau, l’excitation monte en moi, on va voler !!

En bonne compagnie on monte nos ailes au col de la Forclaz devant le merveilleux lac d’Annecy et après une minute de silence en hommage a notre ami Bruno tragiquement disparu avec sa passagère, une manche de 51km est lancée.

Décollage et Boumm, dans un trafic infernal d’ailes et parapentes on gagne vite la crête et on monte se placer avant le départ chrono. Je dispose d’une machine au top niveau cette année (merci wills wing) et c’est avec impatience que j’attendais cette confrontation directe avec les meilleurs pilotes du plateau français. D’entrée de jeux en contact direct avec
Fabien Garing qui dispose de la même machine que moi, on monte ensemble dans le ciel vers la start que j’interprète personnellement à 7 km du décollage.

En montant je rentre partiellement dans le nuage et je m’échappe au nord. Je ne vois personne derrière moi, je passe le start en tête et c’est la course ! L’aile tendue au maximum je file à 85 km/hr vers la première balise à l’est d’Annecy. En quelques minutes la balise est contournée et un immense « ascenseur » me propulse en altitude pendant que les rigides arrivent comme de balles suivies par
Fabien et Françoise. Je me dis que je suis en train d’allumer tout le monde, mais ils me rattrapent rapidement dans le thermique et ensemble on entame une traversée magique aile dans aile jusqu’aux pieds du Semnoz. A partir d’ici on bataille ferme pour le gain de la première place.
Fabien en grande forme attaque en premier suivi par la championne française alors que moi j’ai un bon noyaux thermique que je décide d’exploiter a fond pour anticiper mon entrée sur les crêtes. Ca va du Tonnerre de Dieu, j’arrive à faire rapidement le plafond et comme un boulet de canon je franchis en premier la deuxième balise sur le sommet du Semnoz. Je plonge directement comme une fusée plein Est vers la balise suivante. Je creuse un petit écart mais j’arrive pas très haut de l’autre coté du relief et une première prospection infructueuse me fais perdre des précieuses minutes. Quand d’un coup le vario s’affole
Fabien est déjà là !! On est en train de se tirer une bourre d’enfer et c’est fantastique, quel pied !!! On remonte en partie ensemble et il attaque a nouveau ! Il part tout droit sur la dernière balise alors que moi je comptais faire un relais par le décollage de la Forclaz. Qui aura adopté la meilleure stratégie? Finalement on se retrouve à quelques km de la balise et ensemble on se prépare au sprint final. Il profite d’un petit avantage en altitude, on s’observe mutuellement, on franchis la balise en même temps et on accroche de suite un bon thermique. Je le perds de vue et il faut encore remonter pour avoir la bonne finesse et arriver au but, mais il anticipe une des mes manoeuvres et s’échappe comme une balle vers la victoire. C’est joué, avec la même aile que la mienne et un peux plus d’altitude je ne peux rien faire pour le dépasser et je coupe la ligne d’arrivée 100 mètres derrière lui. (Bravo
Fabien, grande victoire!!) Le niveau de compétitivité de l’ensemble pilote-machine est vraiment très e élevé ! En ce qui me concerne je suis vraiment super heureux de ma performance et de mon magnifique T2. La déception arrive juste après : au contrôle GPS la start que j’avais interprété à 7 km du décollage, était au fait à 7 km de la première balise, ce qui veut dire que j’ai anticipé le départ d’environ 5 km !! La pénalité tombe et je suis déclassé de la deuxième à la sixième place, merci, au revoir et au suivant s’il vous plaît !! Je vais boire une grande bière très énervé par cette stupide immense erreur de navigation mais après tout le vol a été vraiment enthousiasmant et je me suis amusé comme un fou !
Samedi 19/05/2007
Le ciel est radieux ce matin et une belle manche à 100 bornes nous est « offerte » au briefing !

La météo est un peux plus stable aujourd’hui.. ça va pas être facile…

Ca se confirme d’entrée de jeux avec une grosse difficulté à s’extraire du relief avec l’habituel trafic infernal dans le secteur du décollage. Grosse motivation et une » patate d’enfer » me sortent d’affaire et je transite avec
Fabien (eh oui, encore lui, le Garing !) vers la start. On est à la bourre, on a perdu du temps pour dégager du décollage et le groupe de l’Equipe de France a pris l’avantage. On passe la start avec environ 15 min de retard et Fabien attaque d’entrée la grande transition vers le Parmelan ! Il accroche de suite une bombe thermique, j’en profite aussi et on se fait satelliser à 2200m. Le franchissement de la première balise devient une formalité et c’est déjà le retour en arrière pour une transition de 40 km vers Aix les Bains en passant par le Verier sur Annecy, en enchaînant le Semnoz et le Revard jusqu’à la Croix du Nivolet, notre prochaine balise.
Fabien en forme resplendissante continue à attaquer et s’échappe ! Je pédale un peux mais au thermique suivant j’arrive a bien centrer un noyaux qui me propulse vite en altitude et je reprend l’avantage sur les crêtes. Avec une rapide transition je vais reprendre la même bombe thermique que
Fabien avait localisé a l’allée, re-plafond et c’est parti pour le Semnoz 15 km plus loin. Je creuse l’écart sur
Fabien et quelques minutes après, en traversant le Lac j’aperçois au pied du relief des ailes enrouler ! C’est le groupe de tête ! Accélllèèèère !! Ca fume, tellement que ça va vite ! Côté ciel rien de rassurant, haute pression, pas de cumulus, ciel bleu, fine brume dans les vallées..ça va être dur !! Et c’est parti : Arrivé vraiment tout juste à la source du thermique après une interminable transition (ça fait mal aux bras) je retrouve quelques pilotes de l’équipe de France et les rigides qui sont un peux mieux placés pour continuer.
Fabien ne tarde pas à arriver avec son « aile métallique » et les « hostilités » sont ouvertes. Ca bataille ferme en thermique, tout le monde a «le couteau entre les dents » , personne ne fait des cadeaux mais c’est propre et correct , un merveilleux ballet aérien joué par des hommes-oiseaux et orchestré par le vent. On évolue à basse altitude et la progression est vraiment difficile, l’Equipe attaque en partant vraiment très bas sur les pentes couvertes de foret,
Fabien et
moi on le laisse partir en essayant de mieux remonter, collés aile dans aile dans un incessant échange de positions jusqu’au sud du Semnoz. Dans ce secteur il exploite mieux les ascendances et reprend l’avantage tandis que moi en transitant vers le Nord du Revard, je commence ma descente aux enfers. Je me vois mal continuer à cette altitude, pourtant j’arrive à contourner le Revard pour me retrouver à ses pieds au « ras du sol » coté soleil. Je localise un atterrissage au cas où, puisque la marge pour tenter quelque chose est vraiment minime. Scotché aux arbres je cherche mon meilleur appui pour ralentir la descente et je m’avance encore quand un timide bip..bip..bip.. attire toute mon attention ! Je fais abstraction de l’altitude et je me concentre sur le bip du vario et les réactions de l’aile en essayant d’optimiser au maximum ma remonté dans le ciel. C’est un travail d’enfer pour gagner 50 mètres mais je ne lâche rien, je ne veux pas en rester là et avec acharnement et persévérance je remonte doucement mais sûrement du pied de la falaise du Revard vers sa crête. D’un coup le thermique « explose » et je suis satellisé à 2000 mètres !! Ouf, je reviens de loin ! Je croise les rigides (
Pascal, Jacques et Patrick) sur le retour avec en tête de la catégorie « souples », Didier Mathurin. Je suis à la bourre, je file sur la ligne des crêtes comme un dauphin dans l’eau et à quelques kilomètres de la Croix du Nivolet je croise
Fabien qui vient d’en sortir ! Fonce, fonce !! Le GPS bascule, demi tour et c’est reparti dans l’autre sens !
Fabien arrive a rester sur la crête pendant que je re-plonge sur les avant reliefs pour un deuxième calvaire. J’avance par petits paliers à très basse vitesse en essayant de garder un taux de chute minimum et faire en sorte de « flotter » au maximum à la moindre variation positive d’altitude. J’évolue a mi-relief et à chaque fois que j’entame une transition je m’assure d’avoir un champ attérrissable à disposition, mais les quelques mètres que j’arrive à grappiller un peux plus loin me permettent de progresser lentement mais sûrement. De cette manière et inexorablement je m’enterre une fois de plus aux pieds du Revard , mais j’arrive a me refaire une petite santé et contourner le relief vers l’ouest. Difficulté : une longue traversée vers le Semnoz s’impose et avec l’altitude dont je dispose cela me parait absolument infaisable. Si je ne remonte pas sur les crêtes j’ai bien peur que ce soit bientôt fini. Je « colle » les arbres du relief, et un tout petit 0.5 m’éveille ! Le travail reprend incessant et je me « sors les tripes « pour garder à tout prix cet petit souffle ascendant. Raymond Caux transite 150 m au dessus et part tout droit très bas ! Je laisse filer et je m’obstine à travailler mon thermique qui évolue tout doucement en positif ! Je me sens en osmose avec l’aile et j’arrive enfin à regagner la crête… maintenant je peux y aller !! Transition longue et pénible (j’en ai plein les bras) et une fois de plus au ras des arbres aux pied du Semnoz, mais grâce à une bonne exposition au vent et au soleil je remonte une fois de plus dans le ciel avec un « thermique de la dernière chance ». J’ai 4 hrs de vol au compteur quand j’arrive sur la crête du Semmnoz mais ils me manquent quelques mètres supplémentaires pour basculer de l’autre côté, merde ! Au bout de 15 min de prospection, il faut trouver une solution ou « je vais y rester » !! Je décide de contourner la crête en remontant au nord ! C’est un peu limite mais au dessus des arbres je trouve une échappatoire dans cette immense foret et je commence une longue descente vers Annecy. Tout est éteint, il est 19.15 hrs quand je plonge aux pieds du Roc de Boeufs .La dernière balise est hors de ma porté mais en ce moment même, une arrivé à l’attérro à Doussard serait pour moi une grande réussite. Le résultat de ce vol ne tarde pas à arriver: passé par-dessus cette dernière crête j’ai l’attérro en visuel et juste assez d’altitude pour pouvoir le joindre. Difficile décrire ce que je ressens à cet instant précis:émotion, bonheur, soulagement, fierté, tout se mélange dans ma tête et c’est extraordinaire. Je pose mon aile en douceur après 4.30 hrs de vol et quelques minutes après je m’écroule, physiquement « démonté » ! On est juste 3 pilotes en souple (Didier,
Fabien et
moi) et 3 pilotes en rigide (
Pascal, Jacques et Patrick à avoir atterri à bon port, tout les autres sont « tombés » tout au long du parcours.
Week end parfaitement réussi ! Tous nos pilotes ont super bien volé et porté haut les couleurs du Nord-Est de la France et des HVL.
En ce qui me concerne, ce vol restera un grand souvenir dans ma carrière de pilote et marque le passage d’un cap important dans l’évolution de ma manière de piloter en compétition. C’est de bon augure pour la suite...
Un ENORME MERCI à Denis et Laura pour toute l’organisation de la logistique, ainsi qu’au Club et toutes les personnes qui on fait des ces deux jours une extraordinaire aventure.
Désolé d’avoir été aussi long mais je voulais vraiment tout partager avec vous !
Bien amicalement Piero