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Championnat de France 2009 Logo_ChdF

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Salut les copains, je vous envoie le c.r. des manches.

Mardi 09.06.2009 - 1ere Manche

Salut mes chers amis, enfin des nouvelles ! Pas évident de trouver une connection internet ici au beau milieu des montagnes, mais qui veux, peux, donc me voici à nouveau avec mes histoires de vol libre ! Bon, de ma mémoire de deltiste je n’ai pas des souvenirs d’une saison aussi pourrie que celle là au niveau météo !! Ça fait depuis samedi que je suis à St Hilaire et c’est seulement aujourd’hui qu’on a pu valider une manche ! Les jours précédents, entre averses et tempêtes de vent, j’ai passé mon temps à faire du tourisme et surtout de la cuisine (pour changer un peu) pour mes copains compétiteurs. A un moment on perds les pédales, on ne sait plus pourquoi on est là, on n’est plus concentrés sur le vol et la performance parce que tout simplement on ne vole pas, le ciel nous crache dessus, le vent nous décoiffe, c’est la déprime !!
Photo_des_balises
Ce matin au réveil la motivation est sous les souliers, encore beaucoup de vent du Sud et au briefing du matin les prévisions ne sont pas du tout optimistes avec une grande instabilité atmosphérique ! Les organisateurs aussi dépités que les pilotes tentent le tout pour le tout et décident de déplacer la caravane au Nord de Chambery sur le site du Cire. Arrivés au décollage même si le ciel est bien menaçant on monte nos machines de course et au premier briefing…..il pleut !! Le vent reste soutenu, des Congestus en formation sur la chaîne de Belledonne et la Chartreuse au Sud, au Nord et très loin à l’Ouest même situation mais en Sud-Ouest on entrevoie du bleu ! Eh oui, du ciel bleu, incroyable ! L’averse passe et au deuxième briefing les hostilités sont ouvertes : petite manche de 70 km et 4 balises à contourner vu qu’en fin d’après midi on prévoit à nouveau…..de la pluie ! En pleine crise d’abstinence je décolle en premier à l’ouverture de la fenêtre mais ça ne monte pas franchement haut et vu mon état de frustration, je fais quelques passages à haute vitesse sur la tête des pilotes en attente et des gens présents ! C’est avec un immense bonheur que je retrouve le plaisir de la glisse et je réalise à nouveau à quel point j’aime voler, en totale osmose avec ma merveilleuse Laminar Z9. En attendant, l’heure de la start approche et les décollages s’enchaînent, mais ça ne veut pas monter plus haut que les crêtes. Finalement les conditions s’améliorent et le balisage thermique devient intéressant, un bon pétard nous expédie en altitude au dessus de la Croix du Nivolet. Ça monte mieux au Nord du décollage, je me replace et à 15.30 c’est la course vers B1 le Revard ! Je ne prends pas une start terrible, plusieurs concurrents on mieux exploité l’ascendance et sont carrément satellisés, mais je suis confiant, ça tiens biens tout au long de la ligne des crêtes et avec 25 km/hr de vent arrière je file à plus de 100 km/hr derrière le groupe de tête. B1 est atteinte à la vitesse de l’éclair mais au demi tour suivant vers B2 la Croix du Nivolet, c’est toute une autre histoire !! Vent de face travers, grosses turbulences sur cette transition, c’est pareil pour tout le monde je me dis, sauf que j’ai un gros soucis avec mon over drive qui reste bloqué à moitié course, pas moyen de tendre plus mon aile et puisque je ne peux rien faire pour résoudre ce problème, j’évite de m’empoisonner le mental avec ça et je canalise ma concentration sur le vol. Plusieurs concurrents très proches à ma gauche et devant, toujours en flottant sur la ligne de crête on atteins B2 et c’est reparti vers B3 plein Nord vers le Semnoz près du lac d’Annecy ! En repassant devant le décollage je me prends une mine à 4 m/sec, quel bonheur d’entendre le vario chanter comme ça !! Une fois au plafond, c’est le turbo que j’enclenche, un coup d’œil au gps et je vois 108 km/hr en vitesse sol, un missile ! Je glisse à merveille et je refais presque tout mon retard sur le groupe de tête mais au Nord du Revard on passe sous le vent et en tombe du ciel ! Un groupe de 4 ailes se détache à nouveau en allumant à fond vers le pentes Sud du Semnoz, j’observe une belle ligne de cumulus légèrement décalée vers la plaine et exactement dans l’axe de B3, alors que la crête du Semnoz et complètement dans le bleu ! Je réfléchis un petit instant à ma stratégie et je prends cette option ! Bingooooo !! Environ 2 km plus loin je me prends un 5 m/sec et je suis satellisé au plafond !! 12 km de B3 je transite en flottant scotché au plafond alors que la tête de la course est en train de remonter sur les versants Ouest du Semnoz ! C’est ainsi que je passe en tête et je m’en vais contourner B3 en toute sérénité ! Demi tour et à nouveau 20-25 km/hr de vent de face travers, je croise les poursuivants et je vais me coller au relief ! Les arbres bougent beaucoup, je fais du dynamique sur plusieurs kilomètres sans trop allumer car il faut retraverser la vallée entre le Semnoz et les pentes Nord du Revard et…..je me fais dépasser de suite par 4 pilotes à l’attaque ! Je reconnais l’anglais David Schields, et Mario Alonzi que je colle de suite ! Toujours en dynamique jusqu’au bout du Semnoz, deux ailes partent devant bénéficiant d’une meilleure altitude, je m’arrête avec notre Champion de France Mario dans un thermique qui se déclare en sortant du relief ! On prends de la marge de sécurité pour la traversée avant la prochaine crête au Sud, ensuite feu ! 5 km de B4, la tension monte d’un cran, le vent est soutenu et en arrivant légèrement sous le vent de la crête on se fais bien lessiver, on ouvre la trajectoire pour se replacer au vent, et boummm gros pétard sur des falaises bien exposées, Mario prends l’avantage, je suis tendu et en même temps la radio commencer à grésiller dans mes oreilles ! Je demande à plusieurs reprises d’arrêter l’émission car je suis en train de « bosser dur » et avec ce boucan d’enfer dans mes oreilles je n’entends plus mon vario et je perds la concentration !! Rien n’y fait et là je pète le plombs, au point que Mario sur la même fréquence me demande a raison d’arrêter de gueuler !! Je coupe donc la radio et j’essaye de retrouver mon calme et la concentration. La page est vite tournée, je recentre le thermique et je remonte au ciel ! 3.5km de B4, il faut sortir en plaine, Mario avec au moins 150 m de gaz en plus dégage plein Ouest vers la balise, encore 2-3 tours pour moi et je prends le même cap ! La masse d’air est excellente, au franchissement de B4 j’ai 10 de finesse pour rejoindre la ligne d’arrivé ! Les jeux sont faits et j’arrive au but a fond les manettes juste derrière notre champion national !
Quatrième en classement open et deuxième au classement français !
Super content de ma performance sur ce vol palpitant, il faut continuer comme ça tout en essayant de garder le sang froid du débout à la fin de la manche !
Je vous enverrais d’autres nouvelles dès que possible !

Bon vols à tous Piero

Mercredi 10.09.09 - 2e manche

Dur dur aujourd’hui ! Toujours du vent fort du Sud, on repars au Cire mais les conditions météo sont beaucoup plus stables avec des passages des cirrus qui entrecoupent l’activité thermique !
Route_Collet
Même les parapentes présents au décollage n’arrivent pas à monter au dessus de la crête, le seul planeur qui s’approche du Sud bien au dessus du relief est en effet un….moto planeur avec son propulseur à plein régime !! Bon, puisque on est là, il faut bien s’inventer une manche et finalement on aura en cadeau 74.4 km avec 2 balises en zig zag. La première est la même que le premier jour, en suite on repartira plein Sud Est dans le massif des Bauges avec but à Gruffy au pied du Semnoz.
A l’ouverture de la fenêtre personne ne bouge, un rigide décolle est ne monte pas, un épais voile de cirrus plein Ouest ne promets rien de bon et à 45 min avant le départ chrono je suis toujours au sol avec tous les autres pilotes ! Finalement deux pilotes de l’équipe Russe « cassent la glace » et décollent ! Même si ça ne monte pas franchement devant le décollage il faut y aller au risque de rater complètement la start.
En l’espace de 15 min un nuage des deltas se retrouve dans le secteur sans pouvoir passer à l’étage supérieur, c’est un véritable bordel en l’air et voilà que un pilote russe en rentrant de force dans ma bulle thermique est obligé d’engager un grand piqué pour éviter de me percuter en pleine face !! En virage engagé à droite je ne l’ai pas vu venir et dans ma position je n’aurais pas pu envisager aucune manœuvre d’évitement !! Ma fréquence cardiaque explose d’un coup, je gueule dans mon casque des insultes en tous genre mais je me force à garder le thermique pour monter au dessus de ce foutoir invraisemblable !! Cela va durer au moins 20 minutes avant qu’un escadron d’ailes se dirige vers le rayon de départ pour dégager à toute vitesse vers B1. Mêmes difficultés que hier en terme d’altitude de départ avec un handicap de 250-300 m par rapport au meilleurs ! C’est pas grave, puisque vu le conditions faibles au Revard tout le monde s’arrête pour reprendre du gaz et basculer sous le vent plein Nord. Le pire c’est que même au Revard ça ne monte pas franchement et une fois de plus on se retrouve à plusieurs sur un secteur très limité avec un risque de collision vraiment élevé ! Une grappe se détache et plonge au Nord, je reste collé à la falaise pendant 10 bonnes minutes sans pouvoir monter au dessus de la crête et finalement pour éviter de me faire complètement larguer je plonge à mon tour derrière le relief ! La lessiveuse est en marche et sur plusieurs kilomètres c’est la fuite à toute vitesse pour reprendre le pentes au vent quand un pétard explose devant mon nez, mais je suis toujours sous le vent et je perds le contrôle du pilotage à plusieurs reprises ! Beaucoup de contraintes au niveau physique et mental, je largue cette « merde ascendante » et continue dans l’axe de B1. Je me sors de cette zone turbulente et avec Raymond Caux on colle le pentes au vent au Sud du Semnoz. J’observe au sol une hécatombe des concurrents posés un peux partout, au dessus de ma tête décalé plus à l’Est, Mario stratospherisé en train d’enrouler un beau thermique ! Je colle le relief et en dynamique je gagne peux à peux de l’altitude, Raymond s’en va, la grappe de tête est au pied du Semnoz, le voile de cirrus rentre pour de bon et tout passe en ombre, il faut que je puisse me maintenir en altitude pour franchir au moins B1 donc je continue à gratter la pente et un miracle se produit ; une fois au dessus de la ligne de crête un beau thermique tout pour moi en dérive Sud-Nord et au bout d’une interminable série de spirales je survole le sommet du Semnoz à 2000 mètres d’altitude ! Mario en visuel à 3 km de B1 avec un avantage en altitude que j’estime à 1000 m , tant que en radio je lui demande s’il est à 12.000 m. En effet il est à 2700 m, contourne B1 et file face au vent vers B2. Je fais de même quelques minutes après et comme hier, au demi tour, le vent de face me fait plomber au sol ! Je recolle la forêt sur le pentes Ouest du relief, ça tiens en dynamique sur tout le versant et je regagne la ligne de crête, mais arrivé au bout de la montagne je n’arrive pas à augmenter mon capital en l’altitude et le soleil à complètement disparu derrière le nuages !! J’entame la longue traversée pour reprendre le relief au Nord du Révard, le vent de Sud est implacable et je m’effondre de plus en plus vers le sol ! Je tente désespérément d’ouvrir la trajectoire pour éviter le rotors de la crête mais rien n’y fait, je tombe du ciel et droit devant le terrain n’est vraiment pas accueillant !! Je commence à réfléchir à la suite du vol :

  • Avec ces condition vraiment difficiles je ne crois pas qu’il y aura beaucoup des pilotes au but, donc en terme de points je ne vais pas perdre grand-chose !
  • Avec le vent qu’il y a au sol, aller forcer le passage pour quelques kilomètres en plus implique une grande prise de risque pour le pilote et pour la machine et vu que dans deux semaines je vais courir au Mondial il serait vraiment idiot de tout casser ou de se faire mal !
Donc voilà je choisi de me diriger vers la plaine et poser en toute sécurité dans un énorme champ fauché tout près de la route nationale ! Aucun regret une fois posé mes pieds sur notre chère planète, bien au contraire, je me sens vraiment serein et bien dans ma tête ! On rentrera assez tard et on apprendra que seulement Antoine Boisselier boucle tout le circuit avec 13 min de retard par rapport au temps imposé mais en tous cas cela reste un véritable exploit ! Une fois de plus « Tonio » est sur une autre planète !! Juste derrière, Mario sera le seul pilote à contourner B2, alors que le reste du plateau est éparpillé au quatre coins du globe ! Vu l’heure tardive le classement sera affiché seulement demain matin ! Il est minuit 35 et je boucle ma chronique du jour, bonne nuit et à demain !

Vous pouvez consulter les classements sur le site >>http://gcvl1.free.fr/ Il y à également des videos de chaque manche.

Jeudi 11.06.2009 - Troisieme manche

Voilà dans la foulée la troisième manche ! Bonne nouvelle ce matin à l’affichage du classement ! Hier je fais 6ème de la manche, ce qui me fais garder ma deuxième place au classement français et surtout gagner 2 places au classement open. Je ne ressens aucune pression psychologique, j’essaye de prendre la compète au jour le jour, après tout je me dis que je suis en vacances, à moi d’en profiter le maximum ! La météo s’améliore, le vent tourne progressivement Nord, on change de site en allant à Valpelouse mais il à plu toute la nuit, beaucoup d’humidité résiduelle, le décollage est à 1700 m et en montant avec la navette on fini par passer au dessus de la couche nuageuse dans un cadre vraiment magique ! On commence à préparer les ailes et le plafond monte tant que à un moment on se retrouve dans un épais brouillard ! Ça ne dure pas longtemps, le soleil reviens vite et au briefing on nous propose une manche de 91 km et 4 balises à contourner.
Je décolle entre les premiers, le plafond n’excède pas les 1900 m et très rapidement on se retrouve à flirter avec les nuages en attendant la start. Très attentif pendant toute cette phase d’attente, et cette fois je prends une start excellente, j’arrive à la première balise 6 km plus au Nord en tête de la course !! Demi tour a fond les manettes pour revenir sur le relief, je croise tous les poursuivants qui me foncent dessus à une vitesse impressionnante ! 45 km pour aller chercher B2 plein Sud sur la chaîne de Belledonne, je me fais dépasser avant d’arriver au relief par un groupe de 5 pilotes en souple et 2 en rigide qui attaquent comme de malades !! Un pompe monstrueuse se déclare sur la pente avant le collet d’Allevard et le plafond est atteint immédiatement ! Over drive à bloc pour la traversée vers la Crête du Poulet mais devant le ciel est tout bleu !! Malgré ça les fous furieux allument et écrasent la trajectoire à mort, je sens que ça ne va pas le faire comme ça, je lève le pied et je diminue ma cadence en fixant mon point d’aboutissement sur la crête au loin. Je vois les attaquants s’effondrer de plus en plus bas vers le Lac d’Allevard, je reste concentré sur mon glide pour arriver là où je veux et au même endroit en visuel j’aperçois une aile enrouler un thermique. Je dose encore mon plané et maintenant je reconnais le delta d’Antoine (Tonio) Boisselier et je me dis que si jamais j’arrive à le suivre il y a moyen de faire quelque chose de bien ! Le premiers 200m à monter sont vraiment durs, c’est assez turbulent mais d’un coup ça pète bien comme il faut un peux plus loin sur l’axe de B2 et en un éclair on est au plafond !! J’observe le champion et mon future « collègue » en Équipe de France et je me tiens prêt à le suivre comme une ombre. Il dégage comme un missile, mais c’est incroyable, j’arrive à tenir la cadence !! Le conditions s’améliorent nettement, toute la crête est allumé de cumulus, on file sans tourner un seul virage sur presque 10 km collés au plafond à une vitesse monstre, pas un moment de relâchement, là c’est vraiment THE RACE !! 6 km de B2, trois ailes devant, ça monte partout, on reviens sur Mario et on reprends un relais avant de partir sur les avant reliefs avec le champion de France en titre qui attaque en premier ! Tonio recolle le plafond avant de suivre, je suis juste derrière, je ne lâche pas le morceau !! B2 est vite atteinte, on repars plein Nord pour B3 le Lac d’Allevard toujours à une vitesse de croisière indescriptible, je crois que je n’ai jamais volé aussi vite !! Mario est déjà loin, Tonio écrase pour le recoller et là je me fais distancer de quelques encablures mais j’ai un bon glide et je garde un bon avantage en altitude qui va me servir pour garder la crête.
Du coup je recolle Mario qui essaye de reprendre le bénéfice de la crête, Tonio allume peut être un peux trop, il perd beaucoup de gaz et il est obligé de reprendre un relais un peux plus loin, je fond immédiatement sur lui, quelques spirales en pleine montée et go-go-go on continue sur la crête en compagnie de Mario, un pilote russe et un rigide. Bon Dieu, ça fait au moins une heure que je tire sur cette speed bar sans avoir une seconde de répit et B3 est aussi dans la poche ! Plein feu vers B4 sur les avants reliefs au Sud-Est de Grenoble, on ne lâche rien, le but n’est pas loin et badaboum un gros 5 m/sec en compagnie de Tonio le pilote russe et Vianney avec son rigide, je ne vois pas Mario ! T’occupe pas de ça je me dis, je continue à monter quand Tonio et Vianney partent comme des fusées, je reconnaît Luis un peux plus bas ! C’est le moment d’y aller, 4 km de B4 je vois les attaquants écraser à mort leur trajectoire et là je comprends que je dispose d’assez d’altitude pour « manger » la dernière balise et boucler le circuit jusqu’au but !! A partir de ce moment je parcours le 8 km restants avec la barre aux genoux avec l’aile tendue au maximum jusqu’à la ligne d’arrivé !! Une manche comme celle là je ne suis pas prêt de l’oublier !!
Suivre le rythme d’un pilote du calibre de Tonio et arriver à battre de quelques minutes un champion comme Mario sur une manche aussi tendue, est pour moi un exploit exceptionnel !! Je conforte ma deuxième place au classement et ça c’est la cerise sur le gâteau !
La météo est en nette amélioration, les deux prochaines manches promettent d’être fumantes !! Maintenant dodo, je termine ma chronique et il est déjà minuit 40 je suis super heureux et bien fatigué ! A bientôt les amis !!

Vendredi 12.06.2009 - Quatrième manche

Ce matin au réveil je n’y crois pas, le ciel est tout bleu pour la première fois cette semaine ! Au premier briefing le prévisions ne sont pas aussi bonnes que ça, dans le sens qu’il y a une grande stabilité générale ! On repars à Valpelouse pour passer au dessus de la couche d’inversion et avec beaucoup d’optimisme on nous affiche une manche d’un peux plus de 100 km mais une heure avant la start personne ne bouge, le vent reste faible au décollage, aucun cumulus en formation, petite brume dans le fond des vallées, uhmmmm…ça ne va pas être facile ! Les organisateurs retardent la start d’une demi heure (16.30hrs) mais tout le monde est perplexe, il est déjà tard pour boucler un tel parcours avec des conditions aussi faibles ! Les pilotes russes n’on peur de rien et s’élancent en premiers sans pouvoir monter franchement et en quelques minutes c’est le foutoir !! Je quitte le sol à 16.00 hrs et je rentre dans une meute épouvantable de deltas enroulant à plat un timide +0.5 m/sec devant le décollage ! Je gagne 50 m et j’en perds 30, je regagne 80 m et j’en reperds 50, le trafic à cette altitude est insoutenable il faut avoir les yeux partout et c’est justement ça qui me sauve….pour le moment !
Je vois un peux plus loin au Nord-Est un rigide est un souple enrouler un bien meilleur thermique, je fonce dessous suivi par toute la meute qui a remarqué le même ascenseur. Un +2.5 m/sec, du bonheur, et je commence ma montée en altitude mais d’autres pilotes gèrent mieux la pompe et prennent l’avantage en altitude quelques minutes avant la start alors que je peine à prendre du gaz, éjecté à deux reprises du noyaux par mon pote Antoine Saraf bien agressif, que je salue quand même au passage !! A 16.30 hrs c’est parti pour le groupe de tête, moi je décide de rester dans l’ascendance pour prendre encore de la marge en altitude et assurer la longue transition au Nord vers le Grand Arc mais inévitablement je m’isole du groupe et je me fais distancer ! Il est temps de partir un fois au plafond aux environs des 2000 m, le glide est long et au bout du relief je vois déjà le groupe de tête reprendre un bon relais thermique ! Merde, je suis à la bourre, j’augmente la cadence et une fois dans le secteur la pompe est bien là mais la tête de course se fait la malle !! Un thermique de retard dans le dents mais une fois gagné quelques centaines de mètres supplémentaires je m’engage sur les faces Sud du Grand Arc où je vois du monde gratter les feuilles sans pour autant monter franchement. La grappe de tête se disloque complètement dans une grande confusion, gros coup de frein, quelques pilotes arrivent à reprendre du gaz d’autres plongent inexorablement au fond de la vallée, dans ma tête je me prépare à m’accrocher à la moindre petite bulle et mon calvaire commence !
Pendant 20 bons minutes je me bats comme un lion dans un petit couloir en plein soleil accompagné par Patrick Chopard quelques dizaines de mètres au dessus de ma tête et là aussi je « joue » au yoyo sans pouvoir m’extraire sur la crête ! Je commence vraiment à transpirer, mais je me dis que de toute manière je suis seul, personne ne me gène dans ma bataille avec cette bulle merdique, il faut insister encore et encore, ça va finir par repartir, il n’y a pas des raisons, le soleil est en plein dedans et même si je n’arrive pas franchement à monter, en faisant un point altimétrique je vois que quelques mètres j’arrive quand même à les grappiller !! Et j’ai raison, au bout de 35 minutes le thermique s’arrache de la pente et m’emmène à 2300 sur la ligne de crêtes !! Je suis défait mais absolument heureux d’être sorti de cette impasse et je croise déjà le groupe de tête sur le retour de B1 ! 10 km de retard, toujours à la bourre, mais je file 5 km plus loin sur la balise que je contourne prestement, demi tour et je raccroche une merveilleux +4 m/sec qui me satellise à 2400 m et j’entame ma longue transition vers B2, 45 km plus loin au Sud-Ouest !
La masse d’air au dessus de la Vallée des Huiles est….de l’huile, je transite à finesse max déterminé à optimiser mon capital en altitude pour pouvoir accrocher le relief qui mène au Collet d’Allevard ! J’entrevois à travers cette fine brume au fonds de la vallée des ailes au ras des arbres en train de gratter mais ahi ahi ahi, ça ne monte pas. A mon tour de me coller au sapins, rien sur plusieurs kilomètres, une bulle par si, une bulle par là que j’essaye d’enrouler immédiatement sans pour autant pouvoir monter sérieusement et ça commence vraiment à sentir pas bon pour la suite du vol ! Je plonge dans les basses couches et rien de concret pour remonter au ciel, les atterrros en fond de vallée sont rares et pas franchement accueillants, c’est la merdasse, je m’avance encore mais à un moment il faut bien que je commence à choisir un champ.
C’est à ce moment que je vois Luis (Rizo) poser en délicatesse dans un champ au milieu d’un petit village attendu par d’autres pilotes qui lui signalent la direction du vent. C’est là que je décide d’aller poser, j’ouvre mon harnais en commençant à préparer mentalement mon approche, et survolant une usine en briques en bordure du village en question mon vario commence à biper et m’indique un +0.8 m/sec. !
Je prends !! Je me sors les trippes pendant une bonne demie heure pour gagner 300 mètres en dérive en suite le thermique s’évanouit ainsi que mon espoir de remonter sur le relief ! Il est presque 19.00 hrs et j’ai 55 km au compteur pour une moyenne ridicule de presque 20 km/hr, c’est dur ! Pas le moindre atterro dans l’axe de B2 en direction du Lac d’Allevard ou la vallée se referme, pas question de me mettre dans un piège, j’ai juste de quoi sauter par-dessus le petit avant relief et aller me choisir un grand champ en pleine vallée, je n’entendrais plus mon variomètre jusqu’à poser mes pieds sur notre chère planète à 14 km de Lumbin ! Seule consolation, un énorme cerisier me tends ses branches juste à quelques mètres de mon aile ! Je défais mon harnais et je grimpe sur l’arbre, plein des souvenirs d’enfance resurgissent de ma mémoire en m’empiffrant de ces fruits délicieux avec le soleil qui se couche derrière la Chartreuse ! Que du bonheur !! En rentrant au PC j’apprends qu’aucun pilote n’est rentré au but et même si plusieurs concurrents ont pu s’avancer mieux que moi sur le parcours je n’ai aucun regret, car j’estime avoir donné vraiment le maximum !
Demain c’est la dernière, la pression monte !

Samedi 13.06.2009 et dernière manche du Championnat de France 2009

En effet ce matin en regardant le classement la pression monte d’un cran ! Je conserve toujours ma deuxième place, mais mon avance sur le troisième (Fabien Agenes) est vraiment ridicule !! En plus cet « animal » commence à me tourner au tour en essayant de me déstabiliser psychologiquement avec des petites plaisanteries bien placés !
Je reste imperméable, de toute manière si je veux garder ma position au classement je n’ai juste qu’a le suivre de près alors qu’il est obligé d’attaquer pour me devancer sur le podium!
On retourne donc à Val pelouse car les prévis sont toujours stables et une dernière petite manche de 74 km nous est attribuée ! C’est en descendant de la navette que j’ai une très belle surprise ! Pascal nous arrive tout droit en ULM de notre chère Lorraine pour des magnifiques passages juste devant le décollage et pour me soutenir dans ce dernier effort !! C’est cool !! Je commence à m’agiter intérieurement et juste avant le décollage je ne lâche pas d’une semelle notre cher Toc Toc national ! Finalement les conditions semblent bien meilleures que hier et ça se confirme de suite en dérivant derrières le crêtes après le premier thermique ! Une bombe nous expédie à 2800 m et là c’est géant, avec le Mont Blanc parfaitement visible à l’Est et toute la chaîne de Belledonne qui part au Sud ! Mais ma priorité est de marquer Fabien et à partir du moment où je l’ai en visuel je deviens son ombre et son pire cauchemar ! Je prends une start magnifique et c’est parti vers B1 6km au Nord ! Avec cette altitude B1 est vite contournée, demi tour plein Sud, vers Prapoutel notre deuxième balise, toujours colle à la quille de Fabien ! On reprends un bon thermique sur la même crête derrière le décollage en compagnie de Mario et Laurent Thevenot, Fabien tente des manœuvres d’intimidation en s’approchant de mon aile mais je ne me suis jamais senti aussi calme et serein, je continue à ne pas lui concéder l’avantage en points en attendant qu’il ouvre la route pour me mettre directement dans son sillage ! Je suis sûr qu’il doit me maudire a chaque fois qu’il tourne la tête pour voir ma position, je m’amuse comme un fou !! Quitté le plafond, Mario pars à l’intérieur de la chaîne, Fabien vers la crête du Poulet, les basses couches semblent stables avec une fine brume toujours présente dans les vallées, il va falloir rester haut et ne pas faire d’erreurs de précipitation ! Arrivés sur la crête en question notre altitude à fondu mais Raymond Caux nous balise un gros pétard un peu plus loin. Fabien accélère d’un coup, je ne le lâche pas d’une semelle et à trois on remonte au ciel !! 4 km de B2, Raymond attaque en premier, Fabien suit et moi avec, on contourne la balise et on reviens comme des boulets de canon vers le relief ! Je vois déjà ou Raymond veux aller taper le prochain thermique, une belle combe bien exposé, sauf que en approchant le relief, c’est lui qui se fait taper ! Il prends un truc orrible qui le fait monter en chandelle et se fait éjecter dans une énorme glissade à droite, Fabien se tape le même délire c’est à mon tour de me prendre la baffle, je me cramponne et boummmm, je tire sur ma speed bar, j’engage à droite et je pousse…..yeaaahhhh, je monte comme une balle, Raymond accroche l’ascenseur en revenant, Fabien décroche complètement, en quelques minutes je le vois tout petit en dessous, j’ai l’avantage ! Raymond exploite mieux la pompe et me dépasse en partant à l’attaque une fois le thermique « digéré », je laisse filer en prenant encore quelques centaine de mètres, en suite je reprends contact avec Luis un peux plus loin ! Nouveau relais thermique balisé par Raymond quelques kilomètres avant le Lac d’Allevard, la B3 est sur les avants reliefs en plaine, il faut prendre le maximum d’altitude pour la contourner et filer au but en une seule et unique transition ! On s’applique vraiment sur cette dernière phase du vol et c’est une fois de plus que Raymond prends l’avantage en altitude alors que Luis attaque en premier la transition ! Je colle Luis, de Fabien plus des traces, et au contournement de B3 mon GPS m’indique 13.9 de finesse pour le but….uhmmm… c’est un peux juste et je me cale immédiatement en finesse max, je vois Mario en difficulté assez bas sur les avants reliefs, j’ai une carte à jouer !
Luis en allumant un peux trop est obligé d’aller s’appuyer aussi sur les avants reliefs, j’y vais également en espérant améliorer ma valeur de finesse et en effet ça marche, je dépasse mon ami colombien et un +0.5 m/sec me permet de prendre en deux tours supplémentaires finesse 11, je dégage ! 6 km de l’arrivée, je regarde en arrière pour voir ou sont mes concurrents mais je ne vois personne ! Surprise, le soleil que j’ai en face est soudainement obscuré par un ombre….je lève la tête et je vois Luis qui me fais au revoir avec sa main !!! Enc…bénéficiant d’une petite marge en altitude il peux écraser sa trajectoire et filer vers l’arrivée à toute vitesse, j’arrive une minute derrière et en franchissant la ligne je sais que j’ai ma deuxième place sur le podium !! Extraordinaire, Fabien arrive juste quelques secondes après moi, je pose mon aile et j’hurle ma joie, Pascal m’accueille les bras ouverts, quel bonheur mes amis !!
Mario arrive environ 10 minutes derrière, en le voyant dans le doute je crois un instant au miracle, mais la différence en points qui nous séparait avant cette dernière manche est trop importante, il est à nouveau le meilleur pour la cinquième année consécutive ! Bon, vice champion de France c’est vraiment extraordinaire pour moi, mais la plus belle surprise arrivera à la remise des prix !
J’ai en effet l’immense honneur de recevoir de la main du Champion de France en titre le Trophée en mémoire d’Eric Poulet ancien membre de l’Equipe de France décédé en 1999 suite à un mauvais accrochage de son harnais. Ce Trophée est attribué à chaque année au nouveau Champion de France et remis en jeux à la saison suivante, et en dérogeant à la règle, Mario me l’offre en déclarant publiquement que je le mérite largement rajoutant toute une série de compliments que je ne saurais pas vous répéter maintenant ! L’émotion que j’ai ressenti à ce moment je ne pourrais pas vous la décrire tellement c’était énorme, j’ai vraiment puisé au fond de moi pour ne pas fondre en larmes devant tout le monde !! Voilà, c’est une belle histoire hein ? En plus elle est vraiment vraie, alors que rajouter de plus ?

Beaux vols à vous tous et merci pour votre soutien, la semaine prochaine j’enchaîne le Championnat du Monde, j’aurais sans doute d’autre choses à vous raconter !

A bientôt Piero

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