Championnat de France Laragne 2006
Nous voici reparti pour un'autre grande aventure au Championnat de France
2006. On volera en montagne !! Cela fait deux ans qu'on rase la plaine
(Poitiers 2004) et les collines (Puy de Dome 2005), en plus, Laragne est le
site où j'ai disputé mon premier Championnat en 2000, c'est une sorte de
retour au sources. Le nord-est de la France est representé par les mêmes
pilotes que l'année dernière: Jacques Bott et
Pascal en rigide,
Fabien
Garing et moi en souple.
Samedi 08.07.2006

Après le premier briefing de 9.30 hrs la caravane du CDF 2006 monte sur
Chabre pour la première manche de la semaine. Le ciel est bleu, la chaleur
intense et le prevision météo s'annoncent exceptionnelles. Deux cents métres
de portage sur la pente et les cailloux et on monte nos ailes toujours en
bonne compagnie et dans un'atmosphère detendue et conviviale. Au deuxième
briefing, le directeur de course nous attribue une petite manche
"d'echauffement" de 93.4 km avec 4 balises à contourner. Difficulté de
l'epreuve : 15 km de transition façe au vent de la dernière balise à
l'arrivé. Vu la météo la première partie du parcours me semble tout à fait
faisable. Les signes thermiques sont très bons, les cadors decollent dès
l'ouverture de la fenêtre (13.00hrs), la première start est à 14.15hrs. Je
ne veut pas trop me fatiguer d'entrée en attendant un heure en l'air avant
la start, je patiente avec le reste de la meute en étant persuadé de
rejoindre rapidement le groupe de tête en "stationnement" au plafond. C'est
vers 13.45hrs que je décolle en plongeant de la falaise du versant Nord.
J'accroche de suite et à +4m/sec j'arrive à 14.00hrs au plafond (2300m) au
milieu d'une grappe d'enfer, il faut rester concentré et vigilant. Le temps
s'ecoule lentement mais je garde le plafond en flirtant avec la base du
nuage. Du beau monde autour de moi, par moments c'est turbulent mais à 14.16
je passe la start avec un escadron d'ailes concurrentes. C'est parti pour
Sederon B1 à 25 km à l'Ouest. Je transite à 75-80 km/hrs et je me fais déjà
dépasser par plusieurs pilotes qui attaquent comme des bêtes. 10 km plus
loin je me prends une bombe à 5.5m/sec, je refais le plein à 2600m (le
plafond est monté), toujours beaucoup de monde en thermique, c'est chaud par
moments mais je suis bien placé. Je continue mon parcours, franchis B1 assez
rapidement et c'est parti à l'Est pour une branche de 44 km sur Sisteron et
St. Geniez (B2). Le groupe de tête m'indique le chemin à suivre et les
pompes, je n'ai q'à gérer ma vitesse. Je me contracte à chaque thermique que
je rencontre, je n'ai plus l'habitude de voler en montagne, c'est très
physique mais quel bonheur ! Entre 2400m et 2800m (le plafond est encore
monté) et avec cette visibilité le spectacle est indescriptible !! Bref, à
quelques encablures de Sisteron, il ne me reste que 10 km pour atteindre B2
en altitude sur St Geniez, il faut traverser tutte la vallée mais je
beneficie de la presence du groupe de tête qui m'indique des belles pompes !
J'ai une bonne grappe de poursuivants qui me collent au cul, je trace sur le
groupe qui monte au Sud-Est de Sisteron. Facile, je refais du gas et franchi
B2 sans encombres. Re-Boumm, 6.8m/sec c'est du brutal mais tu monte au
plafond comme une balle ! Ciel bleu j'achemine B3 (La Motte du Caire) 11 km
Nord-Est et ca passe les deux doigt dans le nez. Maintenant c'est crucial,
le groupe de tête à disparu dans un sprint final, les versants au soleil
"donnent à mort". Comme l'année dernière je m'incruste au briefing de Didier
Mathurin (entraineur de l'equipe de France) et c'est toujours très
constructif. D'après ses calculs, pour rentrer au But façe au vent en venant
de B3, il suffirait d'avoir un 'altitude de 2200m finesse 8. Sans cette
information j'aurais éte moins sûr pour mes choix suivants, ce qui se
traduit par une perte de temps. Sur la motte du Caire à 1800 m j'accroche un
2.5 m/sec que je garde à tout prix, je bétonne mon thermique, je prends
2400m (200m de marge c'est mieux) et je le quitte en tendant mon aile au
maximum. Je file vers le But 15 km plus loin mais avec le vent de façe je
perds vite de l'altitude. A 8km j'ai le visuel sur l'arrivé et j'ai la nette
impression d'être un peux court. A 2km je rase le collines à l'Est de
l'atterrissage, et dans ma tête je me vois rater la lignes d'arrivé de
quelques centaines de métres. Une petite boulle me fait beneficier d'un peux
plus de finesse, je passe la ligne au ras du sol et je pose mon aile 50
métres plus loin. Yeeeeesss !!! Limite, limite, mais c'est fait ! Première
manche, premier But ! Vol fantastique, je boucle le 93.4 km en 2 hrs 21 min
! Physiquement je "sens" déjà bien mes bras et mes épaules, mais après un
vol pareil cela n'à plus aucune espèce d' importance !
Dimanche 09.07.2006
Ce matin un épais voil de cirrus vient couvrir notre"aire de jeux dans le
ciel". Merde ! Au briefing des visages perplexes, on se demande si ca va
être volable puisque tout le secteur est en ombre. Après un longue
ésitation la course du jour se resume à 45 km et 2 balises. C'est un pilote
italien qui ouvre le ballet aerien et ca monte en dynamique. L'expectative
de me retrouver sur la ligne de crête avec 80 ailes m'angoisse, ce pour cela
que je decide de décoller immediatement pour prendre un peux de marge sur
mes petits camarades. Mauvaise surprise, en refermant mon harnais au sol la
tirette principale casse net, je suis dans la merde. Un longue séance de
bricolage commence sans que je puisse faire grand chose. Presque tous les
pilotes sont en l'air mais personne ne passe la start faute d'altitude
suffisante pour acheminer B1. Grâce à la solidarité de Guillame et Adrien on
recupère une tirette d'une housse delta et enfin je peux décoller. Je prends
quelques centaines de métres et je me retrouve au milieu d'une grappe
monstrueuse, des ailes dans tous les sens, ca passe vraiment tout près, je
ressens à plusieurs reprise la peur de la collision. Le risque est bien
présent, je suis crispé sur ma barre de contrôle et je me demende qu'est que
je fais au milieu de ce bordel !! En serrant les dents je monte à 1800m mais
personne ne prend la start. Ne voulant pas rester dans ce secteur à haut
risque je prends ma décision. je pars en prémier vers la start que je
franchis pil-poil.

en suite je trace vers la première balise 15 km au Sud
(Vieux Noyer). Je suis devant. tout les autres pilotes attendent d'avoir un
meilleur plafond. A 5km de B1 je me bats comme un diable pour essayer de
franchir la crête et contourner la balise sous le vent. Le ciel est très
couvert, dans un +.05 m/sec je ne suis pas au bout de mes peines ! Je
m'acharne et quelques spirales après j'ai la balise en visuel, j'estime
pouvoir plonger de l'autre côté de la crête pour aller la contourner et je
m'execute. Je sais pertinament que je vais passer sous le vent, j'attend la
baston. Finalement vu le conditions vraiment faibles ca ne tape pas trop
fort, je passe B1 et je fuis à toute vitesse vers Sisteron me replacer au
vent. Malheureusement plus de thermiques, tout est en ombre, je pose mon
aile dans un confortable champ. Quelques minutes plus tard plusieurs pilotes
viennet poser dans le même champs sans avoir pu franchir B1. Je m'en tire
vraiment pas mal ! Mon choix était le bon mais honnètement il n'était pas
strategiquement etudié, j'ai simplement fuis la grappe pour de raison de
securité à mon avis insuffisantes. Je suis conscient que tout au long de la
semaine je vais être confronté à gérer ce paramètre.
Lundi 10.07.2006
Météo fumante, on ne fait plus semblant : une manche de 120 km est affichée
au tableau ! Re-briefing parallele avec Didier et c'est parti ! Une fois de
plus dans la grappe avec mes angoisses et mes peurs avec un ingredient
supplementaire : thermiques de 5.5 à 7m/sec. Il parait que ici c'est normal,
le gérer c'est une autre histoire. Par moments j'ai l'impression d'être
accroché à une echelle dans un tourbillon des deltas ! Chaud, très chaud,
bouillant ! Bref, plafond 3200m, start sans soucis et un escadron compacte
d'ailes file vers le Pic de Bure notre première balise. Deux thermiques plus
tard on est dans le secteur B1, ça castagne sevère, c'est très physique mais
l'acheminement en groupe est "facile". Je suis scotché au nuage à 3300m, le
Pic de Bure s'offre à moi, le spectacle est fascinant, j'ai l'impression de
voler sur la Lune ! Pas la moindre trace de vegetation, tout est petrifié,
il n'y a pas de vie sur cette montagne ! La presence de l'homme est
materialisé par les immenses paraboles de l'observatoire au sommet, tout
autour la désolation ! Je me sens tout petit et très seul même si j'ai
plusieurs ailes en visuel !

Enfin, je contourne B1, demi-tour sur une
branche de 44km vers B2 (St Geniez) passant par Aujour, St Genis et Motte du
Caire. Je reprends le mêmes thermiques qu'en venant sauf que en approche sur
St.Genis je bifourque à l'Est sur la vallée de Gap. A 3000m je traverse et
j'arrive sur la Motte du Caire assez bas mais le groupe qui me devance
m'indique un prochain ascenseur vers les nuages. Grosse baston dans le
secteur je me barre au Sud vers B2. J'aperçois la grappe monter à proximité
de la balise et un beau nuage en formation au dessus. Je n'esite pas un seul
instant, il me faut ce thermique !! J'écrase à mort et je trace comme une
balle. Je franchis de justesse la crête et je plonge sur la balise, en suite
je m'enfonce sous la grappe satellisé au plafond ! Prospection intensive,
j'essaie de déviner la dérive, ca tape serieux, je réalise que le cycle
thermique est bien terminé. Trop tard, pas d'atterro dans le coin je dois
m'echapper à l'Ouest en longeant la petite crête vers Sisteron. A 200 m sol
je commence à trier dans ma tête les champs disponibles en vue de mon
prochain atterrissage, mais le vario s'affolle d'un coup ! 15 min plus tard
je suis à 2800m sur Sisteron. Au lieu de revenir à l'Est sur la ligne de
crête vers B3 je decide de partir en plein Sud en plaine pour régagner le
temps perdu sur le groupe. Grossière erreur de précipitation, vent de
façe-travers je transite très mal et je perds de l'altitude. Cette dernière
grande transition me pose à 2 km de B3, après 91km de vol. Je rate le But
de 30 km mais le vol en soi a été grandiose !! Je suis heureux et je m'amuse
comme un fou, que vouloir de plus, franchement !
Mardi 11.07.2006
Courbatures et douleurs generalisés aux bras et au dos ce matin au réveil
mais je suis motivé comme jamais, un autre magnifique vol nous attends !
Manche du Jour :105km avec une branche de 35 km façe au vent, il va y avoir
une séléction forcement !

Concentration maximum au briefing de Didier, je
suis toujours au sol mais ma tête est déjà dans la course.Décollage, encore
des grosses tabasses et le stress de la grappe, j'ai du mal à faire un
plafond correct, je vois le groupe de tête prendre la 1ère start, je laisse
filer, je prendrais la 2ème. Je reviens sur Chabre dans la grappe des
retardataires et je me fais avoir encore une fois. Il ne me reste que la
dernière start à prendre, j'ai 15 min pour monter au plafond. Je m'applique
vraiment et j'arrive à plafonner à 2900m. Les conditions s'ameliorent, je
franchis la start à la bonne heure et au lieu d'acheminer en securité vers
les crêtes du Sud-Est je pars en plaine tout droit sur Sisteron (B1) pour
réfaire mon rétard. Cela fonctionne plutôt bien puisque j'arrive assez haut
sur Sisteron pour accrocher la ligne de crête à l'Est. Une baffle à 7m/sec
me satellise à 3300 ce qui me permet de transiter sur B2 avec une dixaine
d'ailes concurrentes. Le secteur est vraiment sauvage par içi, pas d'atterro
sur plusieurs kilométres, mais j'ai du bon gaz et je reste concentré.
Physiquement je commence à fatiguer, je serre le dents et je continue mon
parcours à "donf". Je contourne B2 (La Bigue) facilement, en suite cap au
Nord-Ouest sur Aujour pour B3. Je rencontre Laurent Thevenot fils du
mythique Gérard, on à déjà bien volé ensemble, on fusionne et on continue
notre parcours dans le ciel. Il transite sensiblement mieux et me distance ,
mais sur St Geniez je rattrappe mon petit retard et collés aile contre aile
on spirale jusq'à 3000m. Très longue transition vers la Motte du Caire, j'ai
très mal au bras et aux épaules. On déboule sur un rélief près d'un
aérodrome pour planeurs, l' exposition au soleil et le vent nous est
favorable et là je fais la difference. Dans ce 5m/sec je dépose 5 ailes sur
place et à 2900m je traverse la vallée de Gap. J'ai en moyenne 20 kmhrs de
vent de face, il faut imperativement en garder sous la pédale pour rester au
vent de Aujour.Je dose au maximum et à l'oeil je pense que je vais pouvoir
le faire mais quelques bornes plus loin la lessiveuse est en route. Je passe
sous le vent de Aujour, je veux détendre l'aile mais l'over-drive est bloqué
au taquet. Entre la fatigue physique, les turbulences et l'aile tendue au
maximum je subis la machine et je me fais peur, je m'éloigne de la montagne
pour éviter une perte de contrôle près du rélief, je passe la lisière d'une
grande foret et je me pose par vent fort dans un champ énorme à 6 km de B3
après 87 km de vol. La Championne de France Françoise Dieuzède, Fabien
Garing, Olivier Tantot et un rigide me rejoignent quelques minutes plus
tard. Physiquement déchiré, j'arrive à recuperer un peux grace au cours
d'étirements improvisé par Olivier ! Je me suis bien battu puisque tous le
pilotes presents dans mon champ avaient pris la start précedente, ce qui
signifie que je leur ai pris 15 min sur le 40 dernières
kilométres.Heureusement demain c'est jour du repos, je vais pouvoir
récuperer , j'en ai vraiment besoin.
Mercredi 12.07.2006
Cette journée de repos est l'occasion pour moi de faire un premier bilan et
refléchir à la suite des operations.
Sur trois manches je rentre au But une fois et j'echoue pas loin à deux
réprises. Je stresse beaucoup dans la grappe mais j'arrive à bien monter en
thermique et me placer correctement sur la start pour le départ chrono. Je
constate un handicap évident en ce qui concerne ma vitesse de pointe. Mon
aile a 3 saison à son actif et le materiel, bien entendu, èvolue !
Finalement je pense avoir un petit avantage en thermique mais qui n'est pas
suffisant à combler la perte de temps en transition. Je ne me preoccupe pas
de ma position au classement pour ne pas me mettre trop la pression, par
contre, je suis conscient que pour les manches à venir, il faut que je passe
à la vitessse superieure en essayant d'assurer le But tout en augmentant ma
vitesse moyenne sur le circuit. C'est la compétition !!
Jeudi 13.07.2006
Le jour de repos à été bénéfique même si je "sens bien" mes bras et mes
épaules. La météo annonce des orages pour le début de l'après midi, c'est
pour cela que une "petite" manche de 87.5 km (!!!) nous est imposé.
Acheminement : B1 sur le Col St.Jean, B2 sur Rozan, B3 sur l'aèrodrome d'
Aspres, But à Ribiers ! A 12.30 hrs des Congestus de partout et un beau
Nimbus très loin au Nord n'ont rien de rassurant, le Directeur de course
menace d'annuller la manche en vol ! Décollage et BOUMM, du 6.5m/sec dans la
grappe et plafond à 3000m. Pas de soucis sur la start et la B1 est avalé en
quelques minutes. Ma radio tombe en panne de batterie, je ne reçois plus
rien ! Je reste concentré. Je garde un bon plafond et j'entame ma transition
sur B2 mais le ciel se fait de plus en plus menaçant avec un gros Congestus
sur Aspres (B3) ! Le groupe de tête est déjà sur Rozans mais je ne suis pas
trop distancé ! On ne voit plus le montagnes au Nord-Est, tout est noir et
au dessus un énorme "chou-fleur" couvre le secteur. Je suis inquiet,
j'essaie de ne pas perdre de vue la tête de course. Je franchis B2 en me
faisant sécouer bien comme il faut et déjà sur Aspres un gigantesque rideau
de pluie nous ferme la porte vers B3 !! Scotché au plafond, je vois
plusieurs ailes foncer dans le rideau de pluie qui ressemble plus à une
cascade d'eau à ciel ouvert ! Je ne me pose aucune espèce de question, je
tends mon aile et je fonce droit dévant. Les ailes qui me precédaient
disparessent une à une dans le rideau de pluie, je sais pertinnement que je
vais me prendre une sacré douche ! Ca ne tarde pas, progressivement au début
et une fois bien dedans c'est l'orreur !! L'aile repond très mal, il me faut
tirer à fond sur la barre et de suite je suis à 110 km/hrs, le taux de chute
est vertigineux ! Les premiers grelons arrivent comme des projectiles sur
mon aile et je m'en prends un gros en plein nez !! Je baisse ma tête
d'instinct pour proteger mon visage mais tous ce qui rentre entre les
montants et la barre me fracasse les bras et les épaules, le bruit est
térrifiant, je plonge comme un cailloux dans la vallée à l'Ouest d'Aspres,
je ne vois plus rien, l'eau degouline sur mon visage et mes lunettes, je
suis trempé ! J'ignore combient cela à duré (une éternité) mais percé le
rideau, tout semble redevenir "normal". Le ciel, au contraire, m'épouvante !
Je ne vois que deux ailes très loin au sud, les autres ont disparus ! Gros
éclairs pas loin, je fonce sur B3 que je franchis et c'est la fuite au Sud
vers le soleil et le But à 25 km. J'arrive au Nord d' Aujour en dessous de
la crête, il me faut un thermique pour la dépasser et filer sur St Genis et
l'arrivé ! Un petit 1.5 m/sec m'interpelle et je commence tout doucement à
remonter pendant que le ciel autour de moi m'inquiète de plus en plus ! Je
dépasse la crête mais mon GPS m'indique que je n'ai pas assez d'altitude
pour rentrer au But en une seule transition à finesse 10. Je continue de
monter et le 1,5 m/sec évolue brutalement à 5.5 m/sec ! J'attends que la
valeur de finesse 10 s'affiche comme une liberation mais c'est déjà trop
tard ! A partir de ce moment je bascule dans un cauchemar que je ne souhaite
à personne !! Un énorme éclair suivi d'un impact au sol vient dechirer le
ciel, je sursaute dans mon harnais !! Fuir, dégager, partir, martèlent ma
tête ! Je transite à 100 km/hrs, je monte encore à +5 m/sec et soudainement
je passe à tabas ! La masse d'air est devenue une bouloire. Je perds le
contrôle de l'aile qui verrouille d'un coup à droite, j'essaye de corriger
et je vais taper avec mes jambes l'arrière de la quille, des coups des
fouets éffroyables dans le cables sécouent la structure, j'attends le coup
fatal qui va tout faire exploser, ça ne peux pas résister à des baffles
pareilles !! Je suis crispé à un point que je doit ressembler à une statue
de marbre, mes mains sont dévenues des pinces d'acier, la peur m'envahi, je
suis mal, tout m'echappe, le cap, l'aile, ma vie !! Je suis maintenant sur
la montagne de St Genis et toute l'air chaude de la vallée sur Sisteron
alimente ce qui setrouve au dessus de ma tête !! Dans l'aspiration de
l'orage, en perdition, comme une feuille morte emporté par les airs. Encore
une fois le temps, je perds la cognition du temps et la peur, des cris dans
le vide que personne ne peut entendre, alors que l'orage me terrorise avec
des grondements de tonerre ! Une seule et unique obsession dans ma tête : le
Sud, le soleil, la vie. Je ne cours plus pour la competition, cela n'a plus
aucune importance, je cours après ma vie qui est en train de m'attendre au
soleil ! J'ai l'impression de voler dans le passé tant le soleil et loin de
moi, ici où je me trouve je suis déjà mort !! Je suis tetanisé, mon harnais
me fait mal sous les schoks répetées que j'encaisse, combien je vais pouvoir
encore resister ? Vertical Laragne, Chabre en bas à ma droite, je ne sais
pas par quel miracle j'arrive à m'extraire vers la plaine, mais à quel prix
! Je ne sais pas non plus à quel moment mon vario arrête de s'affoller, mais
de suite j'entame un piqué en 360° pour perdre de l'altitude. 6-7 spirales
d'abord dans un sens, ensuite dans l'autre dès que ma tête commence à
tourner, ça marche ! J'arrive à descendre et je poursuit vers le Sud. J'ai
le But en visuel, j'écrase ma trajectoire dans un piqué barre au genoux.
Obligé de relacher et contrer sans cesse à cause des turbulences j'arrive au
But avec 300 m d'altitude, derrière moi sur Laragne le ciel est tombé !
J'eprouve des grosses difficultées à descendre, les arbres au sol son
tourmentées par des grosses rafales, la biroute et tendue et change souvent
d'orientation. Les pilotes au sol sont affollés en me voyant arriver dans un
telle situation ! Je fais mon approche et je ne sais pas comment j'ai posé
sans me fracasser avec ce vent. On m'attrape par les cables, on me detache
de mon aile, ce n'est pas fini; il faut faire vite, vite ! Avec l'aide des
personnes presentes on demonte mon aile en 5 min chrono et .......... c'est
la fin du monde !!! Au moment precis où je m'enferme dans la voiture sous un
deluge d'enfer je réalise d'être un mi-ra-cu-lé !! Je reviens de très loin.
J' apprends par Fabien Agenes assis à mes côtés que la manche à été annullé
en vol ! Ma radio était hors service, je n'ai pas eu le message, j'ai
continué la course vers le But. Je suis confus, plein des pensées
contradictoires me submergent, j'ai été trop loin, j'ai surpassé mes limites
et j'ai eu une chance inouie ! Au diner du soir beaucoup d'échanges avec mes
amis et les pilotes presents en suite, je vais me coucher completement
épuisé !
Vendredi 14.07.2006
Ca ne va pas mieux ce matin au reveil, j'ai mal partout et j'ai des enormes
difficultées à me lever du lit. Mes bras me font téllement mal que je
n'arrive même pas à tartiner le beurre sur le pain au pétit déjeuner !!
Completement dans le "jazz" j'assiste au premier briefing et je déclare
forfait pour la journée. Selon la météo le risque d'orage démeure
omniprésent. Je salue mes pétits camarades qui s'on vont jouer dans le ciel
sans moi et je retourne me reposer dans la caravane. En début d'après midi
en balladant sur Sisteron j'apprends par téléphone que la manche à été à
nouveau annullé. Cela me soulage, je compte revoler demain, c'est la
dernière manche et je veux effacer de ma tête tous mes pires souvenirs !
Samedi 15.07.2006
Sensiblement mieux ce matin aprés plusieurs couches de pommade Musclor
prétée gentiment par Fabien Garing que je salue au passage ! Un peux
d'echauffement et je me sens en condition de piloter à nouveau. Briefing :
météo comme les jours précedents, on monte sur Chabre, point final. J'essaie
de me blinder mentalement, faire le vide, tourner la page est ma priorité,
je commence à m'enfermer dans une bulle. Tout s'enchaine rapidement,
montage, briefing, et une manche de 88.5 km est au tableau ! Encore une
balise sur Rozans suivie d' une très longue branche sur le village de
St.Genis en milieux de vallé à l'Est, en suite un sprint de 15km au But.
L'évolution météo est aussi inquietante que les jours précedents, il va
falloir mettre le turbo et surtout rester vigilant !! Décollage à 13.30 hrs
, la start est à 14.00 hrs et comme d'hab je suis au plafond à 3200m. en un
rien de temps. Deux options: la premère c'est de transiter sur Rozans en
contournant par la crête du col St Jean, la deuxième, tracer tout droit au
dessus de la valle au Nord-Ouest ! Je garde le plafond, à 14.02 je franchis
la start et je me fais dépasser d'entrée par Gerolf Heinrich (deuxème pilote
au classement mondial) avec sa magnifique Litespeed Black Attack.

Il tire
tout droit en pleine vallée, je vais essayer de le suivre ! Il me dépose sur
les prémiers 5 km mais je ne lache pas. Cette longue transition me fais
"sentir" mes bras mais ma motivation est décuplée ! Une grappe prend la
crête à l' Ouest, 4-5 ailes nous suivent pas loin ! En une seule ligne
droite on arrive tout juste sur les sommets de Rozans et je me fais dépasser
en vitesse pure par Bruno Guillen et un 'autre pilote que je ne réconnais
pas. Je suis à fond "dedans" et un magnifique thermique m'est indiqué par
les cadors déjà bien devant. Re-plafond avec des bonnes tabasses, cela me
crispe toujours et go, overdrive à bloc vers les antennes de Beaumont ! Gros
orage au Sud de Sisteron et à l'Est de Laragne ! Accellère, accellère !! Au
bout de cette longue transition à 200 m au dessus des antennes c'est un
7m/sec qui me "traumatise" ! En serrant le dents jusq'à 2900 et une fois de
plus grâce au calculs de Didier Mathurin, je dispose d'assez de gaz pour
boucler le circuit en une seule et dernière "enorme" transition ! Je peux
quitter le thermique, et je suis pris en chasse par 3 ailes ! J'avale les
kilomètres à une vitesse ahurissante, je passe St Genis et comme un boulet
de canon je trace vers le But à 14 km. A 5 km de l'arrivée j'aperçois mon
ombre au sol et ça va vraiment très vite, 2 ombres me suivent et me
dépassent sans que je puisse faire grand chose (je suis à fond absolu), une
troisième (Laurent Thevenot) me grille la ligne sous le nez ! On se pose
simultanement après une approche style "kamikaze" !

Il faut vite réplier,
orages pas loin ! Enfin, j'arrive 9 min. derrière Gerolf qui gagne la
manche. J'ai bouclé le 88.5 km en 1 hrs 18 min à l'incroyable moyenne de 75
km/hrs !! Quelle fantastique dernière course dans le ciel ! Comme une
cerise sur un gateau ! J'ai conclus le Championnat à la 10ème position au
classement français et 18ème en open avec des grosses pointures devant et
derrièrre.Je progresse et cela me fait du bien. Cette année comme jamais
auparavant, je me suis impliqué dans la compétition au point d'aller
consciament prendre des risques que jamais je n'aurai pris en vol-loisir !
Une serie de circonstances et une panne de radio ont failli me couter
beaucoup trop cher, bien que le bon fonctionnement de mon materiel soit sous
mon entière responsabilité ! J'en tire mes leçons ! Reste le fait certain
que le vol libre est une discipline fantastique, et la compète une
extraordinaire aventure ! Par ces lignes j'ai voulu la partager avec vous !
Voilà, c'est fait ! Je vous ai tout raconté du fond du coeur !
Bon vols à tous
et toutes mes amitiées
Piero