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Championnat de France Laragne 2006

Nous voici reparti pour un'autre grande aventure au Championnat de France 2006. On volera en montagne !! Cela fait deux ans qu'on rase la plaine (Poitiers 2004) et les collines (Puy de Dome 2005), en plus, Laragne est le site où j'ai disputé mon premier Championnat en 2000, c'est une sorte de retour au sources. Le nord-est de la France est representé par les mêmes pilotes que l'année dernière: Jacques Bott et Pascal en rigide, Fabien Garing et moi en souple.

Samedi 08.07.2006

Bonne météo
Après le premier briefing de 9.30 hrs la caravane du CDF 2006 monte sur Chabre pour la première manche de la semaine. Le ciel est bleu, la chaleur intense et le prevision météo s'annoncent exceptionnelles. Deux cents métres de portage sur la pente et les cailloux et on monte nos ailes toujours en bonne compagnie et dans un'atmosphère detendue et conviviale. Au deuxième briefing, le directeur de course nous attribue une petite manche "d'echauffement" de 93.4 km avec 4 balises à contourner. Difficulté de l'epreuve : 15 km de transition façe au vent de la dernière balise à l'arrivé. Vu la météo la première partie du parcours me semble tout à fait faisable. Les signes thermiques sont très bons, les cadors decollent dès l'ouverture de la fenêtre (13.00hrs), la première start est à 14.15hrs. Je ne veut pas trop me fatiguer d'entrée en attendant un heure en l'air avant la start, je patiente avec le reste de la meute en étant persuadé de rejoindre rapidement le groupe de tête en "stationnement" au plafond. C'est vers 13.45hrs que je décolle en plongeant de la falaise du versant Nord. J'accroche de suite et à +4m/sec j'arrive à 14.00hrs au plafond (2300m) au milieu d'une grappe d'enfer, il faut rester concentré et vigilant. Le temps s'ecoule lentement mais je garde le plafond en flirtant avec la base du nuage. Du beau monde autour de moi, par moments c'est turbulent mais à 14.16 je passe la start avec un escadron d'ailes concurrentes. C'est parti pour Sederon B1 à 25 km à l'Ouest. Je transite à 75-80 km/hrs et je me fais déjà dépasser par plusieurs pilotes qui attaquent comme des bêtes. 10 km plus loin je me prends une bombe à 5.5m/sec, je refais le plein à 2600m (le plafond est monté), toujours beaucoup de monde en thermique, c'est chaud par moments mais je suis bien placé. Je continue mon parcours, franchis B1 assez rapidement et c'est parti à l'Est pour une branche de 44 km sur Sisteron et St. Geniez (B2). Le groupe de tête m'indique le chemin à suivre et les pompes, je n'ai q'à gérer ma vitesse. Je me contracte à chaque thermique que je rencontre, je n'ai plus l'habitude de voler en montagne, c'est très physique mais quel bonheur ! Entre 2400m et 2800m (le plafond est encore monté) et avec cette visibilité le spectacle est indescriptible !! Bref, à quelques encablures de Sisteron, il ne me reste que 10 km pour atteindre B2 en altitude sur St Geniez, il faut traverser tutte la vallée mais je beneficie de la presence du groupe de tête qui m'indique des belles pompes ! J'ai une bonne grappe de poursuivants qui me collent au cul, je trace sur le groupe qui monte au Sud-Est de Sisteron. Facile, je refais du gas et franchi B2 sans encombres. Re-Boumm, 6.8m/sec c'est du brutal mais tu monte au plafond comme une balle ! Ciel bleu j'achemine B3 (La Motte du Caire) 11 km Nord-Est et ca passe les deux doigt dans le nez. Maintenant c'est crucial, le groupe de tête à disparu dans un sprint final, les versants au soleil "donnent à mort". Comme l'année dernière je m'incruste au briefing de Didier Mathurin (entraineur de l'equipe de France) et c'est toujours très constructif. D'après ses calculs, pour rentrer au But façe au vent en venant de B3, il suffirait d'avoir un 'altitude de 2200m finesse 8. Sans cette information j'aurais éte moins sûr pour mes choix suivants, ce qui se traduit par une perte de temps. Sur la motte du Caire à 1800 m j'accroche un 2.5 m/sec que je garde à tout prix, je bétonne mon thermique, je prends 2400m (200m de marge c'est mieux) et je le quitte en tendant mon aile au maximum. Je file vers le But 15 km plus loin mais avec le vent de façe je perds vite de l'altitude. A 8km j'ai le visuel sur l'arrivé et j'ai la nette impression d'être un peux court. A 2km je rase le collines à l'Est de l'atterrissage, et dans ma tête je me vois rater la lignes d'arrivé de quelques centaines de métres. Une petite boulle me fait beneficier d'un peux plus de finesse, je passe la ligne au ras du sol et je pose mon aile 50 métres plus loin. Yeeeeesss !!! Limite, limite, mais c'est fait ! Première manche, premier But ! Vol fantastique, je boucle le 93.4 km en 2 hrs 21 min ! Physiquement je "sens" déjà bien mes bras et mes épaules, mais après un vol pareil cela n'à plus aucune espèce d' importance !

Dimanche 09.07.2006

Ce matin un épais voil de cirrus vient couvrir notre"aire de jeux dans le ciel". Merde ! Au briefing des visages perplexes, on se demande si ca va être volable puisque tout le secteur est en ombre. Après un longue ésitation la course du jour se resume à 45 km et 2 balises. C'est un pilote italien qui ouvre le ballet aerien et ca monte en dynamique. L'expectative de me retrouver sur la ligne de crête avec 80 ailes m'angoisse, ce pour cela que je decide de décoller immediatement pour prendre un peux de marge sur mes petits camarades. Mauvaise surprise, en refermant mon harnais au sol la tirette principale casse net, je suis dans la merde. Un longue séance de bricolage commence sans que je puisse faire grand chose. Presque tous les pilotes sont en l'air mais personne ne passe la start faute d'altitude suffisante pour acheminer B1. Grâce à la solidarité de Guillame et Adrien on recupère une tirette d'une housse delta et enfin je peux décoller. Je prends quelques centaines de métres et je me retrouve au milieu d'une grappe monstrueuse, des ailes dans tous les sens, ca passe vraiment tout près, je ressens à plusieurs reprise la peur de la collision. Le risque est bien présent, je suis crispé sur ma barre de contrôle et je me demende qu'est que je fais au milieu de ce bordel !! En serrant les dents je monte à 1800m mais personne ne prend la start. Ne voulant pas rester dans ce secteur à haut risque je prends ma décision. je pars en prémier vers la start que je franchis pil-poil.
vol
en suite je trace vers la première balise 15 km au Sud (Vieux Noyer). Je suis devant. tout les autres pilotes attendent d'avoir un meilleur plafond. A 5km de B1 je me bats comme un diable pour essayer de franchir la crête et contourner la balise sous le vent. Le ciel est très couvert, dans un +.05 m/sec je ne suis pas au bout de mes peines ! Je m'acharne et quelques spirales après j'ai la balise en visuel, j'estime pouvoir plonger de l'autre côté de la crête pour aller la contourner et je m'execute. Je sais pertinament que je vais passer sous le vent, j'attend la baston. Finalement vu le conditions vraiment faibles ca ne tape pas trop fort, je passe B1 et je fuis à toute vitesse vers Sisteron me replacer au vent. Malheureusement plus de thermiques, tout est en ombre, je pose mon aile dans un confortable champ. Quelques minutes plus tard plusieurs pilotes viennet poser dans le même champs sans avoir pu franchir B1. Je m'en tire vraiment pas mal ! Mon choix était le bon mais honnètement il n'était pas strategiquement etudié, j'ai simplement fuis la grappe pour de raison de securité à mon avis insuffisantes. Je suis conscient que tout au long de la semaine je vais être confronté à gérer ce paramètre.

Lundi 10.07.2006

Météo fumante, on ne fait plus semblant : une manche de 120 km est affichée au tableau ! Re-briefing parallele avec Didier et c'est parti ! Une fois de plus dans la grappe avec mes angoisses et mes peurs avec un ingredient supplementaire : thermiques de 5.5 à 7m/sec. Il parait que ici c'est normal, le gérer c'est une autre histoire. Par moments j'ai l'impression d'être accroché à une echelle dans un tourbillon des deltas ! Chaud, très chaud, bouillant ! Bref, plafond 3200m, start sans soucis et un escadron compacte d'ailes file vers le Pic de Bure notre première balise. Deux thermiques plus tard on est dans le secteur B1, ça castagne sevère, c'est très physique mais l'acheminement en groupe est "facile". Je suis scotché au nuage à 3300m, le Pic de Bure s'offre à moi, le spectacle est fascinant, j'ai l'impression de voler sur la Lune ! Pas la moindre trace de vegetation, tout est petrifié, il n'y a pas de vie sur cette montagne ! La presence de l'homme est materialisé par les immenses paraboles de l'observatoire au sommet, tout autour la désolation ! Je me sens tout petit et très seul même si j'ai plusieurs ailes en visuel !
Pic de Bure
Enfin, je contourne B1, demi-tour sur une branche de 44km vers B2 (St Geniez) passant par Aujour, St Genis et Motte du Caire. Je reprends le mêmes thermiques qu'en venant sauf que en approche sur St.Genis je bifourque à l'Est sur la vallée de Gap. A 3000m je traverse et j'arrive sur la Motte du Caire assez bas mais le groupe qui me devance m'indique un prochain ascenseur vers les nuages. Grosse baston dans le secteur je me barre au Sud vers B2. J'aperçois la grappe monter à proximité de la balise et un beau nuage en formation au dessus. Je n'esite pas un seul instant, il me faut ce thermique !! J'écrase à mort et je trace comme une balle. Je franchis de justesse la crête et je plonge sur la balise, en suite je m'enfonce sous la grappe satellisé au plafond ! Prospection intensive, j'essaie de déviner la dérive, ca tape serieux, je réalise que le cycle thermique est bien terminé. Trop tard, pas d'atterro dans le coin je dois m'echapper à l'Ouest en longeant la petite crête vers Sisteron. A 200 m sol je commence à trier dans ma tête les champs disponibles en vue de mon prochain atterrissage, mais le vario s'affolle d'un coup ! 15 min plus tard je suis à 2800m sur Sisteron. Au lieu de revenir à l'Est sur la ligne de crête vers B3 je decide de partir en plein Sud en plaine pour régagner le temps perdu sur le groupe. Grossière erreur de précipitation, vent de façe-travers je transite très mal et je perds de l'altitude. Cette dernière grande transition me pose à 2 km de B3, après 91km de vol. Je rate le But de 30 km mais le vol en soi a été grandiose !! Je suis heureux et je m'amuse comme un fou, que vouloir de plus, franchement !

Mardi 11.07.2006

Courbatures et douleurs generalisés aux bras et au dos ce matin au réveil mais je suis motivé comme jamais, un autre magnifique vol nous attends ! Manche du Jour :105km avec une branche de 35 km façe au vent, il va y avoir une séléction forcement !
Choix de la manche avec Didier et Mario
Concentration maximum au briefing de Didier, je suis toujours au sol mais ma tête est déjà dans la course.Décollage, encore des grosses tabasses et le stress de la grappe, j'ai du mal à faire un plafond correct, je vois le groupe de tête prendre la 1ère start, je laisse filer, je prendrais la 2ème. Je reviens sur Chabre dans la grappe des retardataires et je me fais avoir encore une fois. Il ne me reste que la dernière start à prendre, j'ai 15 min pour monter au plafond. Je m'applique vraiment et j'arrive à plafonner à 2900m. Les conditions s'ameliorent, je franchis la start à la bonne heure et au lieu d'acheminer en securité vers les crêtes du Sud-Est je pars en plaine tout droit sur Sisteron (B1) pour réfaire mon rétard. Cela fonctionne plutôt bien puisque j'arrive assez haut sur Sisteron pour accrocher la ligne de crête à l'Est. Une baffle à 7m/sec me satellise à 3300 ce qui me permet de transiter sur B2 avec une dixaine d'ailes concurrentes. Le secteur est vraiment sauvage par içi, pas d'atterro sur plusieurs kilométres, mais j'ai du bon gaz et je reste concentré. Physiquement je commence à fatiguer, je serre le dents et je continue mon parcours à "donf". Je contourne B2 (La Bigue) facilement, en suite cap au Nord-Ouest sur Aujour pour B3. Je rencontre Laurent Thevenot fils du mythique Gérard, on à déjà bien volé ensemble, on fusionne et on continue notre parcours dans le ciel. Il transite sensiblement mieux et me distance , mais sur St Geniez je rattrappe mon petit retard et collés aile contre aile on spirale jusq'à 3000m. Très longue transition vers la Motte du Caire, j'ai très mal au bras et aux épaules. On déboule sur un rélief près d'un aérodrome pour planeurs, l' exposition au soleil et le vent nous est favorable et là je fais la difference. Dans ce 5m/sec je dépose 5 ailes sur place et à 2900m je traverse la vallée de Gap. J'ai en moyenne 20 kmhrs de vent de face, il faut imperativement en garder sous la pédale pour rester au vent de Aujour.Je dose au maximum et à l'oeil je pense que je vais pouvoir le faire mais quelques bornes plus loin la lessiveuse est en route. Je passe sous le vent de Aujour, je veux détendre l'aile mais l'over-drive est bloqué au taquet. Entre la fatigue physique, les turbulences et l'aile tendue au maximum je subis la machine et je me fais peur, je m'éloigne de la montagne pour éviter une perte de contrôle près du rélief, je passe la lisière d'une grande foret et je me pose par vent fort dans un champ énorme à 6 km de B3 après 87 km de vol. La Championne de France Françoise Dieuzède, Fabien Garing, Olivier Tantot et un rigide me rejoignent quelques minutes plus tard. Physiquement déchiré, j'arrive à recuperer un peux grace au cours d'étirements improvisé par Olivier ! Je me suis bien battu puisque tous le pilotes presents dans mon champ avaient pris la start précedente, ce qui signifie que je leur ai pris 15 min sur le 40 dernières kilométres.Heureusement demain c'est jour du repos, je vais pouvoir récuperer , j'en ai vraiment besoin.

Mercredi 12.07.2006

Cette journée de repos est l'occasion pour moi de faire un premier bilan et refléchir à la suite des operations. Sur trois manches je rentre au But une fois et j'echoue pas loin à deux réprises. Je stresse beaucoup dans la grappe mais j'arrive à bien monter en thermique et me placer correctement sur la start pour le départ chrono. Je constate un handicap évident en ce qui concerne ma vitesse de pointe. Mon aile a 3 saison à son actif et le materiel, bien entendu, èvolue ! Finalement je pense avoir un petit avantage en thermique mais qui n'est pas suffisant à combler la perte de temps en transition. Je ne me preoccupe pas de ma position au classement pour ne pas me mettre trop la pression, par contre, je suis conscient que pour les manches à venir, il faut que je passe à la vitessse superieure en essayant d'assurer le But tout en augmentant ma vitesse moyenne sur le circuit. C'est la compétition !!

Jeudi 13.07.2006

Le jour de repos à été bénéfique même si je "sens bien" mes bras et mes épaules. La météo annonce des orages pour le début de l'après midi, c'est pour cela que une "petite" manche de 87.5 km (!!!) nous est imposé. Acheminement : B1 sur le Col St.Jean, B2 sur Rozan, B3 sur l'aèrodrome d' Aspres, But à Ribiers ! A 12.30 hrs des Congestus de partout et un beau Nimbus très loin au Nord n'ont rien de rassurant, le Directeur de course menace d'annuller la manche en vol ! Décollage et BOUMM, du 6.5m/sec dans la grappe et plafond à 3000m. Pas de soucis sur la start et la B1 est avalé en quelques minutes. Ma radio tombe en panne de batterie, je ne reçois plus rien ! Je reste concentré. Je garde un bon plafond et j'entame ma transition sur B2 mais le ciel se fait de plus en plus menaçant avec un gros Congestus sur Aspres (B3) ! Le groupe de tête est déjà sur Rozans mais je ne suis pas trop distancé ! On ne voit plus le montagnes au Nord-Est, tout est noir et au dessus un énorme "chou-fleur" couvre le secteur. Je suis inquiet, j'essaie de ne pas perdre de vue la tête de course. Je franchis B2 en me faisant sécouer bien comme il faut et déjà sur Aspres un gigantesque rideau de pluie nous ferme la porte vers B3 !! Scotché au plafond, je vois plusieurs ailes foncer dans le rideau de pluie qui ressemble plus à une cascade d'eau à ciel ouvert ! Je ne me pose aucune espèce de question, je tends mon aile et je fonce droit dévant. Les ailes qui me precédaient disparessent une à une dans le rideau de pluie, je sais pertinnement que je vais me prendre une sacré douche ! Ca ne tarde pas, progressivement au début et une fois bien dedans c'est l'orreur !! L'aile repond très mal, il me faut tirer à fond sur la barre et de suite je suis à 110 km/hrs, le taux de chute est vertigineux ! Les premiers grelons arrivent comme des projectiles sur mon aile et je m'en prends un gros en plein nez !! Je baisse ma tête d'instinct pour proteger mon visage mais tous ce qui rentre entre les montants et la barre me fracasse les bras et les épaules, le bruit est térrifiant, je plonge comme un cailloux dans la vallée à l'Ouest d'Aspres, je ne vois plus rien, l'eau degouline sur mon visage et mes lunettes, je suis trempé ! J'ignore combient cela à duré (une éternité) mais percé le rideau, tout semble redevenir "normal". Le ciel, au contraire, m'épouvante ! Je ne vois que deux ailes très loin au sud, les autres ont disparus ! Gros éclairs pas loin, je fonce sur B3 que je franchis et c'est la fuite au Sud vers le soleil et le But à 25 km. J'arrive au Nord d' Aujour en dessous de la crête, il me faut un thermique pour la dépasser et filer sur St Genis et l'arrivé ! Un petit 1.5 m/sec m'interpelle et je commence tout doucement à remonter pendant que le ciel autour de moi m'inquiète de plus en plus ! Je dépasse la crête mais mon GPS m'indique que je n'ai pas assez d'altitude pour rentrer au But en une seule transition à finesse 10. Je continue de monter et le 1,5 m/sec évolue brutalement à 5.5 m/sec ! J'attends que la valeur de finesse 10 s'affiche comme une liberation mais c'est déjà trop tard ! A partir de ce moment je bascule dans un cauchemar que je ne souhaite à personne !! Un énorme éclair suivi d'un impact au sol vient dechirer le ciel, je sursaute dans mon harnais !! Fuir, dégager, partir, martèlent ma tête ! Je transite à 100 km/hrs, je monte encore à +5 m/sec et soudainement je passe à tabas ! La masse d'air est devenue une bouloire. Je perds le contrôle de l'aile qui verrouille d'un coup à droite, j'essaye de corriger et je vais taper avec mes jambes l'arrière de la quille, des coups des fouets éffroyables dans le cables sécouent la structure, j'attends le coup fatal qui va tout faire exploser, ça ne peux pas résister à des baffles pareilles !! Je suis crispé à un point que je doit ressembler à une statue de marbre, mes mains sont dévenues des pinces d'acier, la peur m'envahi, je suis mal, tout m'echappe, le cap, l'aile, ma vie !! Je suis maintenant sur la montagne de St Genis et toute l'air chaude de la vallée sur Sisteron alimente ce qui setrouve au dessus de ma tête !! Dans l'aspiration de l'orage, en perdition, comme une feuille morte emporté par les airs. Encore une fois le temps, je perds la cognition du temps et la peur, des cris dans le vide que personne ne peut entendre, alors que l'orage me terrorise avec des grondements de tonerre ! Une seule et unique obsession dans ma tête : le Sud, le soleil, la vie. Je ne cours plus pour la competition, cela n'a plus aucune importance, je cours après ma vie qui est en train de m'attendre au soleil ! J'ai l'impression de voler dans le passé tant le soleil et loin de moi, ici où je me trouve je suis déjà mort !! Je suis tetanisé, mon harnais me fait mal sous les schoks répetées que j'encaisse, combien je vais pouvoir encore resister ? Vertical Laragne, Chabre en bas à ma droite, je ne sais pas par quel miracle j'arrive à m'extraire vers la plaine, mais à quel prix ! Je ne sais pas non plus à quel moment mon vario arrête de s'affoller, mais de suite j'entame un piqué en 360° pour perdre de l'altitude. 6-7 spirales d'abord dans un sens, ensuite dans l'autre dès que ma tête commence à tourner, ça marche ! J'arrive à descendre et je poursuit vers le Sud. J'ai le But en visuel, j'écrase ma trajectoire dans un piqué barre au genoux. Obligé de relacher et contrer sans cesse à cause des turbulences j'arrive au But avec 300 m d'altitude, derrière moi sur Laragne le ciel est tombé ! J'eprouve des grosses difficultées à descendre, les arbres au sol son tourmentées par des grosses rafales, la biroute et tendue et change souvent d'orientation. Les pilotes au sol sont affollés en me voyant arriver dans un telle situation ! Je fais mon approche et je ne sais pas comment j'ai posé sans me fracasser avec ce vent. On m'attrape par les cables, on me detache de mon aile, ce n'est pas fini; il faut faire vite, vite ! Avec l'aide des personnes presentes on demonte mon aile en 5 min chrono et .......... c'est la fin du monde !!! Au moment precis où je m'enferme dans la voiture sous un deluge d'enfer je réalise d'être un mi-ra-cu-lé !! Je reviens de très loin. J' apprends par Fabien Agenes assis à mes côtés que la manche à été annullé en vol ! Ma radio était hors service, je n'ai pas eu le message, j'ai continué la course vers le But. Je suis confus, plein des pensées contradictoires me submergent, j'ai été trop loin, j'ai surpassé mes limites et j'ai eu une chance inouie ! Au diner du soir beaucoup d'échanges avec mes amis et les pilotes presents en suite, je vais me coucher completement épuisé !

Vendredi 14.07.2006

Ca ne va pas mieux ce matin au reveil, j'ai mal partout et j'ai des enormes difficultées à me lever du lit. Mes bras me font téllement mal que je n'arrive même pas à tartiner le beurre sur le pain au pétit déjeuner !! Completement dans le "jazz" j'assiste au premier briefing et je déclare forfait pour la journée. Selon la météo le risque d'orage démeure omniprésent. Je salue mes pétits camarades qui s'on vont jouer dans le ciel sans moi et je retourne me reposer dans la caravane. En début d'après midi en balladant sur Sisteron j'apprends par téléphone que la manche à été à nouveau annullé. Cela me soulage, je compte revoler demain, c'est la dernière manche et je veux effacer de ma tête tous mes pires souvenirs !

Samedi 15.07.2006

Sensiblement mieux ce matin aprés plusieurs couches de pommade Musclor prétée gentiment par Fabien Garing que je salue au passage ! Un peux d'echauffement et je me sens en condition de piloter à nouveau. Briefing : météo comme les jours précedents, on monte sur Chabre, point final. J'essaie de me blinder mentalement, faire le vide, tourner la page est ma priorité, je commence à m'enfermer dans une bulle. Tout s'enchaine rapidement, montage, briefing, et une manche de 88.5 km est au tableau ! Encore une balise sur Rozans suivie d' une très longue branche sur le village de St.Genis en milieux de vallé à l'Est, en suite un sprint de 15km au But. L'évolution météo est aussi inquietante que les jours précedents, il va falloir mettre le turbo et surtout rester vigilant !! Décollage à 13.30 hrs , la start est à 14.00 hrs et comme d'hab je suis au plafond à 3200m. en un rien de temps. Deux options: la premère c'est de transiter sur Rozans en contournant par la crête du col St Jean, la deuxième, tracer tout droit au dessus de la valle au Nord-Ouest ! Je garde le plafond, à 14.02 je franchis la start et je me fais dépasser d'entrée par Gerolf Heinrich (deuxème pilote au classement mondial) avec sa magnifique Litespeed Black Attack.
L'aile de Gerolf
Il tire tout droit en pleine vallée, je vais essayer de le suivre ! Il me dépose sur les prémiers 5 km mais je ne lache pas. Cette longue transition me fais "sentir" mes bras mais ma motivation est décuplée ! Une grappe prend la crête à l' Ouest, 4-5 ailes nous suivent pas loin ! En une seule ligne droite on arrive tout juste sur les sommets de Rozans et je me fais dépasser en vitesse pure par Bruno Guillen et un 'autre pilote que je ne réconnais pas. Je suis à fond "dedans" et un magnifique thermique m'est indiqué par les cadors déjà bien devant. Re-plafond avec des bonnes tabasses, cela me crispe toujours et go, overdrive à bloc vers les antennes de Beaumont ! Gros orage au Sud de Sisteron et à l'Est de Laragne ! Accellère, accellère !! Au bout de cette longue transition à 200 m au dessus des antennes c'est un 7m/sec qui me "traumatise" ! En serrant le dents jusq'à 2900 et une fois de plus grâce au calculs de Didier Mathurin, je dispose d'assez de gaz pour boucler le circuit en une seule et dernière "enorme" transition ! Je peux quitter le thermique, et je suis pris en chasse par 3 ailes ! J'avale les kilomètres à une vitesse ahurissante, je passe St Genis et comme un boulet de canon je trace vers le But à 14 km. A 5 km de l'arrivée j'aperçois mon ombre au sol et ça va vraiment très vite, 2 ombres me suivent et me dépassent sans que je puisse faire grand chose (je suis à fond absolu), une troisième (Laurent Thevenot) me grille la ligne sous le nez ! On se pose simultanement après une approche style "kamikaze" !
kamikaze1 (c) alex brieba
kamikaze2 (c) alex brieba
kamikaze3 (c) alex brieba
Il faut vite réplier, orages pas loin ! Enfin, j'arrive 9 min. derrière Gerolf qui gagne la manche. J'ai bouclé le 88.5 km en 1 hrs 18 min à l'incroyable moyenne de 75 km/hrs !! Quelle fantastique dernière course dans le ciel ! Comme une cerise sur un gateau ! J'ai conclus le Championnat à la 10ème position au classement français et 18ème en open avec des grosses pointures devant et derrièrre.Je progresse et cela me fait du bien. Cette année comme jamais auparavant, je me suis impliqué dans la compétition au point d'aller consciament prendre des risques que jamais je n'aurai pris en vol-loisir ! Une serie de circonstances et une panne de radio ont failli me couter beaucoup trop cher, bien que le bon fonctionnement de mon materiel soit sous mon entière responsabilité ! J'en tire mes leçons ! Reste le fait certain que le vol libre est une discipline fantastique, et la compète une extraordinaire aventure ! Par ces lignes j'ai voulu la partager avec vous !

Voilà, c'est fait ! Je vous ai tout raconté du fond du coeur ! Bon vols à tous
et toutes mes amitiées
Piero

vue sur Beaumont

Créé pas christophe. Derniere edition par christophe, 2 années et 120 jours auparavant. Vu 732 fois. #27
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