Compte rendu Millau Première Partie
Malgré des prévisions météo les plus péssimistes et après plusieurs échanges téléphoniques avec les pilotes concernés (Pascal et Fabien), et l'organisateur de l'épreuve ( Richard Walbec), je ne peux pas résister à la tentation de partir tout en sachant que je vais prendre le risque de ne pas voler. La passion dépasse la raison !!
Samedi 15.04.2006
Je suis arrivé hier soir du Grand Nord après 9 hrs de bagnole (ouf !) et ...... c'est l'été !!

Au reveil, mauvaise surprise : des seaux d'eau tombent du ciel !! La manche est donc annulléé. Je m'abstien d'aller visiter les caves de Roquefort puisque je ne peux pas le voir même dans une assiette ! La visite d'une grotte ne m'attire pas non plus puisque je suis ici pour être dans le ciel et non pas sous terre !! Bref, je me dis que c'est bien fait pour ma gueule, les prévisions étaient claires !! Je me déplace au pied du mega-viaduc de Millau (impressionant), en suite je vais au décollage du Puncho d'Agast où je me fais dégommer le cuir chevélus par le vent et la pluie (décoiffant) ! Je rentre en râlant à l'hôtel et je dors 2 heures ! A la bouffe du soir j'annonce la couleur : s' il pleut demain, je rentre à la maison (profonde frustration).
Dimanche 16.04.2006

Je me réveille à 7 hrs et mon premier réflex et de régarder le ciel par la fenêtre (Je ne suis pas pour autant un oiseau !). Il pleut encore et encore sous un ciel de plomb. Je m'endors à nouveau bien decidé de me casser apres le pétit déjeuner. Au réveil de 9 hrs j'ouvre les yeux et dans la chambre il y a une "étrange" lumière. Je rétire les rideaux et le soleil inonde la pièce !! Miracle, on va voler !! L'excitation monte et tout s'enchâine ! Premier briefing au PC, deuxième briefing au décollage et une manche de 58.2 km avec 5 balises à contourner nous est imposé !

Je décolle à 15.00 hrs juste derrière la première grappe qui est déjà au plafond. Je centre de suite un 2.5 m/sec et en étroites spirales je monte en altitude. Je n'ai pas encore fermé mon harnais et en voulant le faire j'accroche avec mon gant la radio qui sort de sa housse et commence à jongler en tapant la barre de controle et ma poitrine ! Merde, j'essaie de la remettre en place mais je ne trouve pas la fente (ça dévient pornographique), je m'énerve, je perd ma concentration et ..... le thermique ! Un long calvaire commence : le secteur passe en hombre à cause d'un gros cumulus à l'ouest, la première grappe satellisée, pars sur la start et disparait à l'horizon. Je me retrouve avec une dixaine de pilotes à limer la crête en attendant que le cycle thermique reprenne. Plusieurs pilotes se font déscendre dans la vallée et posent déjà leurs ailes. Il faut que je tienne, il faut que je tienne ! Je flotte sur des pétites bulles sans pouvoir monter plus de 50-100 métres. A trois réprises je passe la start pour revenir sur mes pas faute d'altitude suffisante pour transiter vers la balise B1. La première grappe est déjà sur le rétour de la B1 vers la B2. Je ne leur prête aucune attention, je garde la crête et ma concentration, mais je n'arrive toujours pas à percer les basses couches. Je suis une fois de plus tout seul (j'ai l'habitude). Il faut que je fasse ma course, une course contre moi même !
Je vois défiler 16.00 hrs (ca fait un'heure que je gratte) et soudainement..... BOUMMMM, une pompe d'enfer !! En quelques minutes je monte en altitude, je décide de ne pas faire le plafond, il faut que je passe la start à 16.15 hrs, je suis à la bourre "grave"! Passé la start à 16.16 hrs (bien !), je tends mon over-drive et je file à la B1 que je contourne 8.7 km plus loin sans trop de soucis ! Retour à fond les manettes sur B2, je me refais un bon plein mais toujours pas le plafond puisque je vois de pilotes à l'horizont enrouler du bon thermique. Je trace avec des pointes à 70 km/hrs, franchis la B2 et remonte au nord faire la B3 face au vent.Très longue transition et je fais une rencontre extraordinaire ! Plusieurs vautours m'indiquent une merveilleuse pompe ! Richard nous l'avait dit au briefing, on est dans la région des vautours, il y à plusieurs familles qui nichent sur le falaises du rélief, vous aller avoir de la compagnie Messieurs ! Je me sens un privilégié, j'enroule le thermique avec les vautours, j'ai l'impression de rêver, il ne sont pas du tout agressifs, ils viennent tout près (les deltas ils connaissent), on s'observe mutuellement, je suis enchanté !! Leçon de vol d'exception, je monte en larges spirales entouré de ces oiseaux majestueux............ un bonheur absolut m'envahi,le temps s'arrete, j'oublie tout.... l'homme volant devient un oiseau en quelques instants magiques ! Je regarde mon GPS et j'ai l'impression de me réveiller d'un coup. Grâce à cette pompe j'ai assez de marge pour traverser la vallée et contourner la B3 face au vent. En suite, retour immediat au rélief, re-boumm, demi plein et à fond vers la B4, 12 km au sud ! Je transite comme une fusée (vent arrière), traverse une deuxième vallée et en étant persuadé d'aller contourner la dernière balise je bâcle les derniers kms. Arrivé assez bas à la B4 j'attends convencu que le GPS bascule sur la ligne d'arrivé mais surprise, la B5 apparait à l'écran 13 km au nord-ouest. Putain, je doit rémonter en altitude, re-traverser la vallée sur Millau, accrocher en face et reparcourir toute la ligne des crêtes au nord, basculer à l'ouest et marche arrière vers le but. Encore 24 km à parcourir !! Je me concentre, des parapentes m'indiquent une pompe monstrueuse. Cette fois je fais le plafond et en une seule transition je trace pendant 10 km à une moyenne d'enfer !! A 3 km de B5 re-magic trip avec les vautours qui se rélévent en plus des excellents indicateurs des thermiques. Je contourne enfin B5 et mon GPS m'indique finesse 8 pour rentrer au but. Je dispose d'une aile qui devrait avoir 14 / 15 de finesse, j'ai le vent arrière, je peut rentrer à fond les manettes. Je parcours les 8 kms restants overdrive au taquet et barre de contrôle au genoux avec un sifflement impressionant. Je franchis l'arrivée en criant YEEESSSS !!

Première compète, première manche, premier but. J'ai bouclé en 2 hrs 43 sec le parcours, ca à l'air lent mais les pilotes au but me félicitent pour ce super-chrono. J'ai vraiment le sentiment d'avoir fait une course extraordinaire et cela me donne vraiment un'incroyable charge positive. Pascal est également au but, les HVL sont de retour !!
Le classement officiel sera affiché demain.
COMPTE RENDU MILLAU, LA SUITE :
Lundi 17.04.2006

J'ouvre les yeux à 7.15 hrs et d'instinct "j'arrache" les rideaux de la fenêtre. Ciel absolument bleu !! Génial !! Pas de classement provisoire ce matin suite à un problème informatique (pas grave) ! Vent du nord soutenu en prévision, on change de décollage en se déplaçant à Brunas pas loin du Méga-Viaduc de Millau !

Manche du jour 68 kms, 4 balises et une seule start à 14.00 hrs, ce qui nous oblige à être tôt en l'air ! Difficultée : première balise à franchir 12 km face au vent, ça ne va pas être de la tarte !
Profitant d'un bon cycle thermique je décolle à 13.30 hrs et je monte en compagnie de Pascal jusqu'à 1700 m. La dérive est considèrable et il est trop tôt pour se placer sur la Start. Je dois stationner encore 15 min avant de pouvoir le faire, ce qui n'est pas facile du tout ! Je décide de me placer au vent sur Millau pour ne pas trop dériver au sud mais les minutes s'écoulent lentement et je perds de l'altitude. En surveillant en permanence mon taux de chute et le GPS, à 13.59 hrs je suis pil poil au 2 ème km sur la ligne de départ chrono. En "pole position" pour la première fois dans une compète nationale, j'ai une chanche de gagner, puisque les autres on dérivé au sud avec le vent fort ! La pression monte ! Galvanisé par cette situation inabituelle pour moi, et suite au vol exceptionnel de la veille je décide d'attaquer !! Je tends mon aile à bloc, je rentre toutes mes ficelles, cherche la meilleure assiette et la meilleure pénétration au vent en fixant GPS et vario. C'est parti, je transite en moyenne à 60 km hrs au ventimètre alors que le GPS m'indique une vitesse sol de 30 km/h. Putain, 30 km/h de vent de face, ça n'avance pas !! Le taux de chute par moments est impressionant, j'ai l'impression de tomber !! J'arrive tout de même à accrocher la crête du Puncho et je m'enfonce dans la vallée qui méne au Gorges du Tarn avec Pascal qui me colle au cul !
6 km de B1, c'est au fond de cette vallée que tout va ce jouer ! Je n'arrive pas à refaire du gas pour traverser la vallée en sécurité mais en visuel je pense que je devrais quand même y arriver. Toujours prémier, les autres ne sont pas loin derrière, je regarde le ciel et ...... je décide de forcer le passage. Erreur fatale !! Pascal à mes cotées possede un avantage en altitude et son "planeur" lui permets de filer face au vent en finesse. Il franchi de justesse B1 et se casse en urgence vent arrière chercher mieux ailleurs ! Pour moi c'est la fin, tout se precipite à une vitesse époustouflante ! A 1.5 km de B1 je passe en sous vent du relief que je dévais franchir en altitude, je me fais sécouer bien comme il faut, et je tombe du ciel comme un cailloux ! A 500 m de B1 il faut que je trouve un atterro en urgence mais le choix est vraiment limité ! Que de terrains en contre pente et il y a du vent au sol ! Il faut que j'assure ou je vais tout casser, pas de droit à l'erreur !! Mon option, un petit monticule en pente, c'est serré, arbres et hayes du coté gauche, ferme auberge en bordure droite et grosse clouture en entrée de pente. Je n'ésite pas un instant, j'ouvre mon harnais, passage en vitesse au vent, virage serré à gauche, merde, j'ai le sentiment d'être court, je vais me "bouffer" la clouture !!! J'augmente encore ma vitesse, je passe sur la clouture pour un poil de cul, je remonte la pente sur 50 m et je pousse un grand coup ! Fiouuuuu !! Je pose sur les deux pieds comme une fleur !

Je ne sait pas si je dois me féliciter ou remercier vivement mon ange gardien de m'avoir sauvé la mise ! Pascal arrive de son côte à s'extraire de la vallée, il file sur B2 et rentrera bien sur au but avec du beau monde (BRAVO). Plusieurs delta passent au dessus de ma tête et continuent le parcours. J'ai merdé, j'ai trop attaqué d'une part par excés de confiance et d'une autre parce que j'étais pris en chasse par les autres. Bizarrement hier les rôles étaient inversés et j'ai su gérer beaucoup mieu mon vol, alors qu' aujourd'hui le fait d'être premier sur le circuit m'a mis une pression qui m'a poussée à l'erreur. Pas grave, c'est de l' expérience en plus, j'en tire mes leçons !
Grâce à la gentillesse d'un riverain je recupère ma voiture, je salue Richard et Françoise les organisateurs et je rentre à la maison en re-9hrs de bagnole (re-ouf !!).
Week end fantastique !! "4 hrs de vol dans l'escarcelle, des paysages fantastiques et des rencontres exceptionnelles" (en plus ça rime) !
J'attends toujours le classement (putain d'informatique) mais le résultat sportif est globalement positif. Je rédemarre la compète à un très bon niveau, les starts je maitrise bien, je vole plus vite en transitant mieux mais je doit travailler sur la constance et mieux apprendre à gérer la pression, le reste..... ce n'est que du BONHEUR !
Bon vols à tous Piero