British League St André
Dimanche 26.08.2007
Dernière course de la saison ! C’est le Championnat national des anglais, (récents vainqueurs du Championnat du monde au Texas) organisé en France et « open » aux pilotes étrangers. Un plateau très varié avec des Finlandais, Danois, Hollandais, Espagnols et Français.

Je ne connais pas St André pour y avoir volé, disons plutôt que j’en ai beaucoup entendu parler d’une manière assez « intimidante» ! Un très beau vol de reconnaissance le samedi avec mon cher ami Fabien Garing et le challenge s’annonce très intéressant avec une première manche de 124 km annoncée au briefing !! Super, on va s’amuser dans le ciel !! Je décolle assez tôt après l’ouverture de la fenêtre pour avoir le temps de« chauffer mes bords d’attaque » mais d’entrée de jeux j’ai du mal à passer à l’étage supérieur, et à la première Start une grappe s’en va déjà !! Je reste dans la masse d’air bouillonnante dans les basses couches sans pouvoir faire que résister ! Il y a du monde en l’air et je vois des ailes à l’ouest enrouler de la bombe, je prends cette option et je pars comme une balle au ras de la crête vent de face et…je m’effondre de plus en plus bas !! Je veux aller chercher l’alimentation sur les avants reliefs mais 3 km plus loin je suis au ras des cailloux !! Putain comme ça tape !! Je me bagarre avec acharnement mais je rate la deuxième Start faute d’altitude suffisante pour attaquer le circuit.
Quelques minutes après je me fais « exploser la gueule » par un méchant +5 m/sec ! Je ne le lâche plus jusqu’à 2400m où je patiente en attendant le troisième départ chrono, ensuite….feu !!! La première balise à 5 km au nord-ouest est franchie en un instant, la deuxième est à 42 km au nord, va falloir « bosser mon pot » ! 4 ailes avec moi, personne en visuel devant a cause d’une fastidieuse brume, j’allume comme un malade !! Arrivé sur les pentes ouest du Cheval Blanc je prends l’avantage en altitude et j’appelle mes équipiers en radio pour savoir comment il faut acheminer le prochain secteur qui est vraiment « sauvage » ! Sous le conseil de Jacques Bott qui me confirme un relais thermique en milieu de vallée, je pars tout droit comme une fusée en essayant de deviner où pourrait se trouver le prochain ascenseur thermique. Les infos sont très précises (merci, Jacques), le relais indiqué est débusqué et 400 mètres supplémentaires sont dans l’escarcelle. Heureusement d’ailleurs, parce que sur le 10 km restants à traverser les attérros sont rares et dangereux ! Au fond de cet énorme couloir les pieds rocailleux d’une imposante montagne (Traumat) devraient m’assurer le prochain thermique vers les nuages. L’intuition est bonne puisque au bout de cette gigantesque transition à fond la caisse….BOUMM et 10 min plus tard je suis à 2700m sur la ligne des crêtes ! Fantastique spectacle, à vous couper le souffle ! Je me sens une fois de plus tout petit mais énormément privilégié !! Place à la vitesse maintenant, à partir de cette ligne des crêtes merveilleuses, en profitant de la brise montante, pendant les 15 km suivants je glisse à une phénoménale vitesse sans perdre de l’altitude jusqu’à Dormillouse !! Je croise Jacques sur le retour et Fabien un peu plus loin accompagné par un autre concurrent, les autres…. Bof ! Sur Dormillouse je refais un bon plein pour aller chercher la balise aux pieds du lac de Serre Ponchon et assurer le retour au relief, sauf qu’au moment où je fais demi-tour à la verticale de B2 je me rends compte d’avoir perdu gros en altitude ! Je suis dans le rouge quand je recolle le pentes inférieures du relief et une petite bulle ma permet de monter suffisamment pour aller me replacer sur les versants bien exposés au vent. Ca ne tarde pas, BADABOUMMM, satellisé en quelques minutes à 2500m je reprends « l’autoroute des crêtes » en croisant une belle grappe de poursuivants ! Le chemin est encore long mais tout est allumé, les kilomètres défilent à une vitesse diabolique et je veux aller chercher le thermique qui m’avait propulsé sur les crêtes à l’allée pour retraverser l’énorme vallée qui me sépare du Cheval Blanc. C’était la carte à jouer, le thermique est bien là et j’assure un plafond d’enfer (3200m) !!! A partir d’ici je me transforme en un missile air-air, en transitant facilement sur les versants à l’est du Cheval Blanc jusqu’au Cordeuil ! Grâce au vol de reconnaissance du jour avant je sais que partant à 2200m ça passe bien devant, un coup d’œil à l’altimètre, je vois 2400m et je me dis : ACCELLERE!!!! Transition éclair sur la crête de Serres, ça monte partout, tout droit à fond en me faisant bien secouer la nouille jusqu’au Pic de Chamatte notre dernière balise, le GPS bascule sur le But et j’ai finesse 6 pour rentrer !! Les jeux sont faits, j’écrase ma trajectoire à mort et je franchis l’arrivée en hurlant ma joie !! Vol absolument fantastique, après les premiers échanges avec les pilotes présents je pense avoir fait un très bon chrono ! A demain…
Lundi 29.08.2007
Très belle surprise le matin à l’affichage du classement ! J’ai fait le meilleur temps en absolu, avec 10 minutes a mon avantage (!!), mais sur papier je figure 2ème puisque j’ai pris la Start n.3 et je ne bénéficie donc pas des « leading-points ». Cela n’a aucun impact négatif, je sais que c’est le règlement, mais je sais surtout que j’ai du potentiel pour les manches suivantes !
Tout le monde en camionnette et c’est parti !! Montage, briefing et 92 km dans les dents pour aujourd’hui ! Vent de nord-ouest en augmentation pour l’après midi, ça va sûrement castagner !

Ca se confirme de suite avec un dust et une aile qui s’envole toute seule pour aller se crasher un peu plus loin !! Au moment du décollage le pilote juste devant moi fait un méchant retour à la pente, imité aussi tôt par un autre compétiteur sur la ligne de départ à ma droite ! Pas de bobos apparemment, je peux décoller et je gagne immédiatement 200m en allant simplement tout droit !! Déjà 20-25 km/hr de vent de face pour acheminer la crête vers la Start, grosses turbulences dans le secteur, beaucoup de monde en l’air, je me sens crispé ! Devant mon nez un pilote anglais que je reconnais (David Schields), se prend une baffle énorme et se fait éjecter dans un magnifique wing-over involontaire !! Je me la prends en pleine gueule un instant après et accroché par le bras je monte en altitude avec des gros soucis de pilotage ! Le vario « hurle » tellement que je n’ose même pas le regarder et je me surprends plusieurs fois en apnée !! C’est très physique mais dans ces conditions j’assure une altitude suffisante pour attaquer la première Start ! Sans trop de frayeurs je gagne les pentes ouest du Cheval Blanc, une fois sur la ligne des crêtes je vais me placer au vent mais je n’arrive pas à dépasser les 3000 m sans me faire ratatiner, les thermiques sont balayées, pourtant je vois des planeurs à une altitude stratosphérique ! Sûrement des conditions exploitables par les planeurs, moi j’ai mal au bras, je fatigue à piloter « normalement » et l’endroit que je survole n’est vraiment pas accueillant !! Vision d’horreur un peux plus loin dans un raide couloir caillouteux, les restes disloquées des deux planeurs ! Le jour avant, des pilotes nous avaient informé de cette macabre découverte en altitude, collision en vol il y pas longtemps, 3 morts !! J’en ai des frissons dans le dos et je ne me sens pas très à l’aise à cet instant ! Je détourne mon regard, mes yeux ne regardent plus les lieux du drame mais mon cerveau a fixé l’image dans mon esprit ! Oublie, oublie, reste dans la course !! Le vent rase toute ascendance sur la crête et la balise (Aloss) est à 6 km, 90° à l’Est. J’ai l’impression d’être coincé, une seule décision s’impose : plonger dans la vallée en sachant pertinemment que je vais passer sous le vent et dans ces conditions……je me prépare à serrer les fesses ! Je vire d’un coup à droite et en quelques secondes j’ai une vitesse sol de 109 puis 115 km/hr mais aucune sensation corporelle de vitesse air !! 40-45 km/hr de vent arrière et passé sous la crête je me fais « décalquer » comme jamais dans ma vie de pilote delta !! Dans les rotors, je ne vole plus, je m’effondre comme un sac rempli de cailloux, le contrôle du pilotage m’échappe à plusieurs reprises, j’ai mal aux mains et aux poignets ! Sorti des turbulences je fonce en plein milieux de vallée vers la balise, +/- 1000 mètres perdus en quelques minutes, je franchis la balise, je traverse sur le versant opposé où je commence à prospecter intensément. Rien de bon, pourtant le ciel est allumé de cumulus, la descente semble inexorable, le soleil est là et le vent aussi, ça flotte timidement mais rien de plus ! Deux atterrissages possibles en milieux de vallée près du village, le relief ne donne pas, je vais essayer au dessus du village, le contraste est bon et un petit 1.5 m/sec évolue en un rien de temps avec des pointes à 6.8 m/sec ! Cette « bombe atomique » me propulse au nuage à l’altitude de 4042 mètres (!!!!), je dégage plein ouest vers B2 en croisant une belle grappe d’anglais ! La dernière fois que j’ai atteint le 4000 m c’était il y a 20 ans dans mes chères Dolomites, je me sens vraiment microscopique !! 35 km/hr de vent de face-travers et toujours des baffles monstrueuses, je veux repartir sur le Cheval Blanc mais dans ces conditions je souffre le martyre ! Soudainement Jacques communique en radio : « a tous les pilotes, allez vous poser en sécurité, la manche est stoppée par le directeur de course « !! Je demande confirmation et le message est répété, un interrupteur On-Off se déclenche dans ma tête, la pression tombe d’un coup, avec l’altitude dont je dispose je peux joindre St.André sans soucis majeurs. 16 km plus loin je pose mon aile en toute sécurité, je suis épuisé ! Dans ces conditions voler n’est pas un plaisir mais une contrainte ! Pas bon !

Deux jours de compète, deux tumblings, deux retours à la pente et beaucoup des pilotes effrayés, moi compris !
Bienvenu à St.André !!
Mardi 30.08.2007
Les résultats de ce matin affichent ma position au classement.
6ème de la manche de folie de hier et 2ème au général à 7 points du premier ! Satisfaisant !
Grande hésitation au briefing, les organisateurs craignent les mêmes conditions que hier et les pilotes ne sont certainement pas mentalement motivés ni physiquement aptes à se faire « massacrer ». Manche annulée, on passera un après midi de détente au lac…en regardant le ciel ! Bénéfique !!
Mercredi 31.08.2007
Merdasse, il pleut ce matin !! Avec la camionnette de l’Equipe de France on part vers le Sud en reconnaissance de parcours jusqu’au col de Bleine. Altitudes de transition, relais thermiques, attérros de secours, c’est très constructif pour moi qui ne connais pas du tout ce secteur qui pourrait être le théâtre d’une prochaine manche ! Un grand merci à Fabien Zadora, Fabien Garing et Jacques Bott pour les innombrables « tuyaux » fournis !! Quelle Equipe !!
Jeudi 01.09.2007
Les prévisions météo sont à côté de la plaque, mais pour une fois c’est dans le bon sens !! Le Mistral annoncé la veille n’y est pas du tout, il fait très beau, on va voler !!

Après quelques hésitations et dans la crainte d’une évolution météo orageuse, le directeur de course opte pour une petite manche de vitesse de 58 km, 2 balises et but à….Col de Bleine !! Mes copains sont des visionnaires !! Je décolle dès l’ouverture de la fenêtre juste derrière Gordon Rigg (Champion d’Angleterre en titre), un bon thermique me permets de bien me placer sur le rayon de départ mais à la première Start une bonne grappe, bénéficiant d’un bon avantage en altitude, dégage vers la première balise et me distance ! Avec un handicap d’environ 200 m je suis déterminé à suivre, en me disant que je pourrais bénéficier du balisage thermique en essayant « juste » d’optimiser ma vitesse ! B1 avalé, longue transition en milieux de vallée vers le Sud et avant l’abordage du premier relief la grappe détecte un gros thermique !! Je fonce dedans à toute vitesse, c’est très désorganisé au départ, en suite j’arrive vraiment à mieux exploiter cette ascendance que beaucoup d’autres concurrents !!
Petite parenthèse : Il ne faut pas uniquement savoir voler vite en transition, mais il faut pouvoir également monter vite au plafond ! Un seul conseil : observez comment les rapaces exploitent les ascendances (j’y ai passé des heures) et essayez de reporter leur technique en montée sur votre pilotage ! Je ne me prends ni pour un oiseau ni pour un donneur de leçons de vol, mais j’ai envie de poser une question : Avez-vous jamais vu un faucon, une aigle ou un vautour enrouler sur la tranche ? A bon entendeur, salut !
En gagnant la crête je distance plusieurs ailes mais un petit groupe se détache en tête vers le Sud-Est ! Un gros paquet de poursuivants juste derrière, je n’ai pas assez d’altitude pour acheminer avec les premiers et d’après ce que je vois devant, si par malheur je n’ai pas de quoi remonter plus loin c’est les arbres ou le lac !! J’ouvre plus au Sud ou je localise des atterros au cas où ! Longue transition en plein milieu de vallée où je reçois un grand cadeau du ciel ! Un puissant thermique qui me propulse jusqu’au plafond en dérivant exactement dans l’axe de B2 ! A l’horizon les crêtes du Tellion m’appellent, c’est parti over-drive à fond ! Moments magiques sur cette traversée, le lac vert émeraude et le jeu d’ombres des cumulus sur l’eau font ce que la nature seule est capable de faire, un miracle visuel ! Instants volés !!

C’est mieux que tous les médicaments du monde !! A fond les manettes vers le Tellion que j’attaque par le coté Ouest, l’exposition au vent et au soleil est idéale et un beau cumulus en formation n’attends que moi ! 5 ailes en visuel sur ma trajectoire, les premiers arrivent sur la montagne et BOUMMMM, un thermique monstrueux !! Fonce, fonce !!! A mon tour de prendre la « bête ascendante » et en quelques minutes je suis au plafond en bonne compagnie ! Ils attaquent comme des bêtes ces anglais !! Je ne dois pas me faire larguer !! Go !! Toujours a fond vers B2 et BADABOUMM, l’aile fait un demi tour brutal sans que je ne puisse rien faire pour contrer !! Déroutant !! Juste après avoir serré les fesses, je serre les dents, je reprends le cap et contourne B2 en rejoignant mon cher Laurent Thevenot ! A 15 km du But j’ai finesse 12 pour rentrer mais un peux plus loin on tombe du ciel, merde, il faut assurer ! J’assure même un peux trop et à finesse 8 j’allume les post-combusteurs juste derrière Laurent qui dégage à une vitesse impressionnante ! Après cette glissade infernale barre aux genoux, on pose en douceur et on laisse éclater notre joie avec Fabien Zadora qui gagne la manche haut la main !! Le French-Team fait un carton sur cette manche contre les anglais ! Moins d’une heure pour boucler le circuit, ça arrache !! Le fidèle Manu, que je remercie au passage, nous fait une super-navette et on rentre heureux à St. André dans l’euphorie générale !! Journée parfaite !!
Vendredi 02.09.2007
Je n’en crois pas à mes yeux !!! Grâce a la perf d’hier, je suis premier au classement général avec presque 200 points d’avance sur le deuxième !!! Je commence à « m’agiter » intérieurement……..une situation pour moi inhabituelle dans le cadre d’un Championnat !

Manche du jour : 74 km, une balise et But à Laragne ! Je ne veux pas m’encombrer la tête avec des stratégies de défense, j’essaye de «caler » mon mental en me disant simplement que je vais voler et me faire plaisir. A l’ouverture de la fenêtre je décolle avec les premiers et je m’installe facilement au plafond avec une bonne grappe. Petite transition au vent sur Mouchon, re-plafond facile quelques minutes avant la première Start en bonne compagnie. Au départ chrono un pilote attaque en premier le circuit, je trace juste derrière pendant que les autres…….font demi-tour préférant prendre la Start suivante ! J’ai confiance et j’accélère pour coller le pilote qui me précède sur la crête de la Montagne de Coupe en me disant que pour la prochaine grande transition sur Dignes, vaut mieux être à deux que tu seul. J’aperçois les couleurs du concurrent qui me précède et je reconnais…….. Fabien Garing !!! Putain, la grosse attaque !! Décidemment, cette année on n’a pas fini de se tirer une bourre d’enfer !! Il me reconnaît aussitôt et on se fait un signe d’amitié avec la main mais on ne peut pas communiquer en radio puisque sa batterie et « out » depuis le décollage. Je ne fais que suivre mon pot sur une longue partie de la crête sans que nous puissions monter beaucoup plus haut. Le ciel est tout bleu devant, il attaque en premier en partant sur cette énorme vallée vers Dignes en quittant une bulle que j’enroule quelque tours de plus, mais quand je quitte a mon tour le relief, il a disparu !! Mais où il est parti, bordel de bordel ??!! Je « passe au scanner » l’horizon et je ne le vois pas ! Nos ailes sont grises et très peux visibles du haut vers le bas, la transition est interminable et l’altitude diminue, j’essaye de comprendre ou il faut que j’aille chercher le prochain ascenseur. Un petit relief au Nord de Dignes me semble bien exposé au soleil, pas de trace de Fabien, c’est là que je vais « taper » ! Plus je m’approche du relief, plus la crête monte devant moi, ciel bleu, tout seul, j’y crois toujours et j’ai confiance! J’arrive sur les pentes boisées du relief en question et je m’aperçois immédiatement d’avoir fait une grosse erreur !! Le vent est canalisé plein Sud, parallèle à la crête, tout est balayé, un seul atterro de secours disponible, c’est la merde !! J’essaye de me dégager sur deux petits mamelons plus au Nord en espérant rebondir dans le ciel ! Le vent est trop fort, je fais du dynamique et…..je vois Fabien enrouler sur Dignes ! Impossible pour moi de répartir au Sud face à ce vent ! Petit coup au moral quand même ! Après une bonne demie heure passée à me battre en dynamique à 200m sol je réalise que je suis tombé tout seul dans un piège !! Avec ce vent je peux rester en l’air toute l’après midi sur ce versant en dynamique sans pouvoir pour autant le quitter et comme ce n’est pas mon but, je décide d’aller me poser, mais ça,c’est encore une autre histoire ! Je viens survoler le champ en me faisant bien tabasser et à la première inspection le constat est consternant : par apport à ma finale face a ce putain de vent, des grands peupliers en entrée, une ligne haute tension en plein milieu avec une voie de fuite entre les arbres à la sortie. Merde, merde, il faut que je puisse passer sous la ligne pour poser là dedans !! J’essaye une diversion en inspectant le lit asséché du fleuve un peux plus loin mais c’est l’horreur !! Bon, il faut y aller maintenant ! Une approche de la peur dans les turbulences des peupliers, un grand piqué juste au dessus, je fonce plein pot à très basse altitude pour passer sous les câbles électriques et j’ai une très mauvaise surprise ! Il y a une ligne téléphonique juste en dessous et c’est maintenant que je la vois !!!!! Tiiire !!! La marge est réduite d’un coup et en rasant l’herbe à une vitesse monstre je passe sous les deux lignes en me posant 100 m plus loin devant les arbres sans le moindre dégât ! Revenant à pieds sous les câbles je prends conscience d’être passé tout près d’un gros carton !! Je me demande comment la navette pourra me retrouver dans cette endroit perdu et pendant le démontage de l’aile une énorme grappe passe au dessus de ma tête et s’en va ! Voilà, fin de l’histoire ! J’ai voulu me jouer la manche et je l’ai perdue !! Quand on est premier au classement dans le cadre d’un Championnat, on ne vole pas à l’attaque, on gère son avance !! Petit excès de confiance, je reviens à ma place !
Bon, le malheurs des uns font le bonheur des autres on dit mais………quels autres ??? A part Jacques en rigide un seul et unique pilote en souple au But à Laragne. Tout seul dans le ciel tout bleu, en défiant les brises des vallées, le vent météo changeant par secteurs et même du Mistral sur les 15 derniers km !! Il fallait le faire aujourd’hui et il l’a fait !! Une victoire de manche écrasante, une performance au dessus du lot !!
C’est notre Fabien Garing national qui nous fait ce magnifique résultat !! Bravo Fabien !! Chapeau bas !!
Samedi 03.09.2007
Ce matin, à l’affichage du classement je doit avoir l’air un peux con !! Hier j’ai fait une grosse bourde : 32éme de la manche et 4ème en « open » avec un gros retard en points par rapport au premier (Fabien Garing) ! On est 6 pilotes à pouvoir jouer la gagne, la pression monte ! Briefing et paf, 115 km au tableau pour cette dernière manche ! Pendant la phase préparatoire post-briefing je rentre dans un état d’hyper-concentration, mon esprit est déjà dans le ciel, là où j’aime être, j’aperçois vaguement les gens autour de moi ou alors je les entends sans les entendre.

Juste avant d’enfiler mon harnais je ressens le besoin d’aller serrer Fabien dans mes bras en lui souhaitant bon vol ! En s’encourage mutuellement dans cette lutte « fratricide » ! Tout au long de cette merveilleuse saison on tissé des liens très forts et on s’est battus comme des fous à chaque manche de chaque compétition, sans jalousies, sans ambiguïtés, sous le signe du partage et de la sportivité ! Très heureux d’avoir vécu tout ça Fab !
Je décolle bien avant la première Start pour avoir le temps de bien me placer mais au premier départ chrono je ne peux pas attaquer le circuit faute d’altitude suffisante ! Une première grappe s’en va à toute vitesse, je me retrouve en compagnie de Gordon (encore lui !) et quelques pilotes « bien énervés», prospection, ratissage et BOUMM au plafond 7 min avant la prochaine Start !! Le cumulus est bien large et cela nous permet de jouer au chat et à la sourie à sa périphérie sans perdre de l’altitude attendant le départ ! A 14.00 hrs ……GO ! GO ! GO ! La première balise à 5 km est anéantie en un rien de temps, juste devant un rigide enroule de la bombe ! On y va !! Des pilotes très proches à haute vitesse, quel spectacle !! BOUMMM je dépasse le rigide dans le thermique avec Gordon qui me colle d’une manière impressionnante et d’un coup il attaque en premier ! Longue transition sur les pentes Sud du Cheval Blanc, je reprends l’avantage en altitude et à moi d’attaquer maintenant avec Gordon qui ne me lâche pas d’une semelle !! Ca va vite, très vite, B2 à l’Est n’est pas loin et 4 km avant un bon thermique me permet de refaire du gaz, mais là au moment de transiter, je n’arrive pas à comprendre ce que je suis en train de foutre !! Moi qui ai l’habitude de voler bien dans l’axe des balises cette fois je transite comme un pigeon bourré !! A 1km de la balise le GPS m’indique encore 90° ouest ! Je serais curieux de voir mes traces GPS pour essayer de comprendre quelle espèce de connerie j’ai fait dans ce secteur ! Finalement je reprends le bon cap mais j’hésite encore sur le choix de la pente à attaquer pour continuer le parcours ! J’observe, et par rapport à la brise de vallée je fais mon choix, sauf qu’une fois sur le relief, ça ne monte pas !! Bordel de bordel, je suis en train de m’enterrer dans ce coin pourri quand je vois une grosse grappe partir vers B3 (Pic de Chamatte) ! Oublie la grappe et reste concentré !! Je prospecte encore et Bip.Bip, 50 m par si 50m par là, mais rien de conséquent et je comprend qu’il faut avancer chercher l’alimentation plus loin. Dans le 1000……. au plafond au bout d’un combat de titan avec les courants ascensionnels ! Du coup je peux anticiper les autres partis plus au Sud-Ouest, en prenant l’intérieur des montagnes au Sud-Est ! Ca fonctionne à merveille, je reste collé aux nuages juste dans l’axe de la balise sur une très longue distance, je refais mon retard puisque je croise à 5 km de B3 mon ami Fabien qui était parti à la première Start accompagné par plusieurs autres concurrents ! La crête de Serres est un ascenseur sur toute sa longueur jusqu’au Pic de Chamatte que j’atteins à «la vitesse de la lumière», j’explose B3 et demi tour à fond vers le prochain thermique balisé par les retardataires, en suite plein Ouest vers B4 (St.Michel du Cousson) ! Je quitte ce dernier en jugeant mon altitude suffisante pour raccrocher le Chalvet au Nord-Ouest mais ….25km/hr de vent de face, ça complique les choses ! Je m’effondre un peux plus loin et je me prends les rotors du Chalvet !! Il faut ouvrir la trajectoire et forcer le passage au vent, je reconnais Fabien en difficulté plus bas, je me fais ratatiner bien comme il faut sur ce passage et j’arrive aux pieds du Chalvet au ras du sol sur des ravines ! Exposition au soleil et au vent idéale, un thermique puissant et régulier et quelques dizaines des spirales après le Chalvet est devenu tout petit en dessous de moi !! Soulagement provisoire ! Transition plein Ouest vers la montagne de Coupe avec un petit relais sur la crête de Mouchon, facile, les conditions sont optimales mise à part la balise qui est dans le bleu ! 3 Ailes devant moi sur la crête de Coupe, je trace comme une fusée, ils balisent un beau thermique, j’en profite et ensemble on franchis B4. Je vais me placer au vent sur les pentes ouest du Cousson, pas de cumulus, pas de quoi monter franchement et je vois des « voisins » enrouler sur les pentes Sud !! Gooooooo !! C’est reparti pour l’étage supérieur, ensuite j’ai une « vision » sur la crête de Coupe qui m’appelle avec une voix de sirène à un endroit très précis !! Dans le 1000…..deux planeurs m’anticipent et balisent ce thermique que j’avais « vu » de loin et dans l’axe de B5 (dernière balise) tout est allumé !! J’ai confiance et vent dans le cul, je trace comme un boulet avec des pointes à 100 km/hr !! A 3 km du point de contournement je croise Gordon en appui sur un petit relief tout près du but que j’ai en visuel ! J’observe beaucoup de vent au sol, B5 franchie le GPS m’indique finesse 8 pour le 5 derniers km me séparant de la ligne d’arrivé…..c’est dans la poche je me dis, mais le vent en dit autrement !!La brise de vallée est canalisée avec une force phénoménale, je suis scotché et je tombe du ciel, ma finesse s’effondre et je pose ma machine volante à 2,5 km du But final !!! 3 pilotes au but avant 17.00 hrs, le reste du plateau est éparpillé dans les quatre coins du globe !! C’est fini !! A ce moment je me sens assez frustré d’avoir échoué si prés de l’arrivée mais j’ai quand même réussi une bonne perf sur ce vol vraiment palpitant ! Manu me refait une super-navette, pointage final, bière, douche et tout le monde à la remise de prix. Les pronostiques ne sont pas mauvais et quand le directeur de course annonce le classement « open » j’attends le verdict ! En anglais il annonce la troisième place du podium…… for a french pilot with an italian name, I think !!
Yeeesss !!! Dernière compétition d’une fantastique saison et encore un podium ! Beaucoup de « congratulations » et « well done », je suis comblé de joie !! Fabien termine 8ème entre les Top-Guns et Jacques ridiculise les concurrents de sa catégorie !! Les pilotes du Nord-Est n’ont pas rougi face au Champions du monde.
On rentre à la maison avec des images plein la tête et le cœur chargé d’émotions, on quitte des amis qu’on reverra la saison prochaine, on quitte les montagnes pour regagner nos plaines interminables, on quitte l’été pour plonger dans un long hiver. C’est un cycle vital et on pourra à nouveau se lever au matin avec un seul souci…voler…voler…voler
Un grand merci à vous tous, qui m’avez soutenu et encouragé tout au long de cette fantastique année 2007 ! Reste à préparer la 2008…….. Toutes mes amitiés
piero