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Compte Rendu Suisse 2009

Nous voici en Suisse pour le déroulement du Jura Open 2009, avec un beau plateau d’une cinquantaine des pilotes de nationalité différente au niveau bien élevé. On est accueillis sur l’aérodrome de Lyss, où un espace de camping gratuit nous est réservé exclusivement, avec une organisation irréprochable ! Neuf pilotes présents pour la France, l’entraîneur de la nationale française (Raymond Caux) affiche tout de suite la couleur et nous mets d’entrée une grosse pression : on va devoir se qualifier pour la sélection du Championnat du Monde, 5 places disponibles, 3 sont déjà confirmées (Alonzi-Boisselier-Rizo) il en reste 2, à nous de jouer !

Jeudi 28.05.2009 : Première manche

Pour cette première manche la météo n’est pas géniale, ciel assez chargé, beaucoup des zones d’hombre, plafond pas terrible… soit, on nous colle 95 km, 4 balises à contourner sur le même versant et une dernière en plaine avec obligation de passage en dessous de 1050 m sous peine de disqualification en raison de la TMA de l’aéroport de Biel. A l’ouverture de la fenêtre je me sens assez tendu, l’enjeu est conséquent, j’essaye de faire le vide dans ma tête et je m’enferme dans ma bulle.
Décollage et en quelques minutes je suis déjà au plafond avec une horde sauvage des deltas et rigides, ça fuse dans tous les sens, on rentre partiellement dans le nuage, je n’aime pas ça, je me décale en bordure de grappe. A chaque fois que je me sens trop « entouré« , je vais chercher ailleurs une zone plus dégagée,mais à 10 min du départ chrono je dois me rendre à l’évidence !
Il faut coller la grappe pour bénéficier d’une altitude de départ correcte ou égale et là où je me trouve j’ai un handicap trop important ! En mettant le cap vers la grappe un peux plus à l’Ouest, je trouve un bon noyaux thermique et je remonte vers le plafond, la valeur de montée est constante jusqu’à la base du nuage, plusieurs concurrents me repèrent et commencent à arriver dans mon secteur quand soudainement le vario s’affole, le nuage est en train de m’aspirer et en quelques secondes je rentre complètement dedans !
Instantanément je me sens vraiment en danger, je tire sur ma speed bar comme un malade, je ne vois plus rien du tout et en sachant qu’il y a tout ce monde dans le secteur je me dis que je vais finir par percuter forcement un concurrent en sortant du nuage ! Les secondes semblent interminables dans ces conditions, je vais chercher les poignées des mes deux parachutes de secours et avec la peur au ventre je maintien le cap à l’Ouest !
Finalement je perce le nuage et par pure chance personne ne croise ma trajectoire !! Je dégage vers le ciel ouvert en m’insultant copieusement pour cette stupide erreur de positionnement ! La page est vite tournée, il est 15.00 hrs, la start est donnée, entouré d’un escadron compacte d’ailes je file vers B1 environ 10 km plus loin vers l’Est. Ma Z9 file comme un missile, je n’ai aucun mal à garder le rythme des meilleurs, c’est trop bon ! A 2km de B1 le groupe de tête mets un coup de frein en essayant de remonter au plafond, mon GPS m’indique que je suis bien dans l’axe de la balise, je ne vois pas des raisons de m’arrêter, je continue en me disant que je vais bénéficier de ce relais au retour, plusieurs pilotes prennent la même option ! Faute grave, plus j’approche la balise, plus mon GPS bascule vers le Sud, je colle la pente et la, foret pour rentrer dans le rayon des 400 m , mais B1 est en altitude, à 200 m du rayon je suis obligé de m’écarter de la trajectoire pour éviter de percuter les arbres !! Demi tour, je reviens en arrière et m’effondre 3 km plus loin au fond de la vallée !! Grâce à une pompe salvatrice, j’arrive à m’extraire à nouveau sur les crêtes après un travail de tous les instants, mais je laisse sur place une belle poignée des minutes et la tête de course est déjà loin ! Seule consolation, beaucoup d’autres pilotes on fait la même connerie que moi, maintenant la ligne de crête est balisée ainsi que les thermiques, j’allume comme un malade pour refaire mon retard mais je retombe dans un piège en arrivant sur B2 !
En effet B2 est 1 km sous le vent du décollage alors qu’au briefing je l’avais interprétée exactement à la verticale ! J’arrive donc comme un boulet de canon dans le secteur du déco et je n’ai pas assez de gaz pour franchir en sécurité la balise en question et revenir au vent ! Heureusement ça monte juste devant le relief, je refais un bon plafond, franchis B2 et dégage vers B3 qui était notre première balise ! J’allume encore et toujours et...je refais une autre erreur de précipitation en arrivant trop juste sur la crête, obligé une fois de plus de m’écarter de la trajectoire pour éviter les arbres à 30m du rayon de la balise ! Le ciel est avec moi, une petite bulle se manifeste de suite, je regagne très rapidement le 50 m nécessaires au franchissement et je file à toute vitesse vers B4 ! Je me dis qu’il est temps d’arrêter de cumuler les conneries, je scrute l’horizon, le balisage des thermiques est excellent avec des deltas et des beaux cumulus tout au long de la crête, je n’ai qu’a me servir en optimisant ma vitesse. Pas de difficultés particulaires au franchissement de B4, je refais un super plafond et je vais me replacer vent arrière pour la longue transition en plaine vers B5.
Je sors donc du relief avec 4 ailes concurrentes qui filent à toute vitesse devant moi ! Attention à l’altitude !!! Je dose mon glide pour passer B5 sous les 1050m imposés et je vois déjà des ailes posés en plaine ! A 6 km de l‘arrivée, j’ai le but en visuel...et en même temps je vois les concurrents qui me précédaient poser à quelques encablures de la piste d’atterrissage ! Je retiens mon souffle et c’est vraiment tout juste , en flottant à finesse max il ne me reste plus qu’à faire un seul virage et poser me pieds au but avec un soulagement indescriptible !! Au débriefing du soir en analysant les erreurs dans le parcours il nous parait évident que l’observation de la carte sur un site inconnu est primordiale, puisque du côté français on fait presque tous les mêmes erreurs d’approche sur les 2 premières balises !
Onzième au classement général et deuxième pilote français au but derrière le champion de France en titre, mission accomplie...pour l’instant.

Vendredi 29.05.2009 Manche annulée

Je n’ai pratiquement pas dormi cette nuit à cause d’un horrible vent qui a secoué ma tente dans tous les sens, je me sens un torchon-chiffon-carpette et au briefing du matin la manche est annulée (heureusement) ! Sous conseils des pilotes locaux on part avec la navette de l’équipe de France vers Interlaken pour voler sur un tout petit site protégé du vent et...c’est un spot d’enfer !!!
Plafond à 2500 m, thermiques à +6 m/sec, on se ballade face au sommets de la Jungfrau et du Eiger qui culminent a plus de 4000 m, le décor est un rêve absolu et même après avoir posé les pieds à terre j’ai vraiment du mal à faire redescendre ma tête de là haut !! Que du bonheur..

Samedi 30.05.2009 Manche annulée

Décidemment la météo n’a pas fini de nous embêter cette saison, encore du vent fort dans le Jura Suisse, on déplace toute la caravane vers un site Est 80 km plus loin, le conditions ne semblent pas mal mais le temps qu’on monte nos machines de course et...un épais voile de cirrus couvre le secteur, un Congestus juste derrière le décollage nous crache dessus quelques gouttes de pluie, les organisateurs annulent la manche ! Je décolle quand même et après deux passages au ras du décollage avec les post-combusteurs allumées je vais me poser en douceur en bas de la vallée.

Dimanche 31.05.2009 Deuxième manche validée !

Le vent semble avoir lâché prise, on repars sur un tout petit site orienté Ouest et là je ne comprends plus rien ! Pendant le montage des ailes, juste en face, des planeurs enroulent des puissants thermiques sur les versants Est mais les éoliennes sur la même ligne de crête sont orientées Nord et tournent à toute allure, alors que le vent au décollage est plein Ouest !!??!! Je sens que ça ne va pas être marrant en l’air mais j’essaye tant bien que mal de garder le calme et la concentration. Surprise au briefing : 152 km au tableau avec 7 balises placées en deux triangles superposés et la dernière avec la même limitation d’altitude comme le premier jour ! A l’ouverture de la fenêtre je décolle dans les premiers mais de suite j’éprouve des grosses difficultés à monter en altitude. Le vent dominant est bien du Nord, parallèle à la crête, les thermiques sont complètements hachés à proximité du relief, c’est le rodéo, pourtant des très beaux cumulus se dessinent dans le ciel ! Pendant presque une heure pas moyen de monter aux étages supérieurs, il y a de plus en plus de monde en l’air et par moments c’est chaud bouillant ! Je croise soudainement l’italien Alex Ploner (Champion du monde 2008 en rigide) suivi de très près d’un autre pilote de renommée mondiale Primoz Gricar et là je décide de ne plus les lâcher d’une semelle !! Il partent vers le Nord-Est sur une petite épaule au vent et c’est mon compatriote qui trouve en premier l’ascenseur qu’il faut !! Boumm, à mon tour de prendre l’ascendance et bien que ce soit très turbulent les premiers 200 m, une fois au dessus du plateau c’est avec un immense bonheur que collés aile contre aile on monte vers le plafond ! En bas c’est une véritable pagaille, des dizaines des concurrents qui se croisent dans tous les sens sans pouvoir s’extraire des basses couches ! Toujours collés au nuages on stationne en attendant la start, ensuite feu ! Alex et Primoz attaquent de suite la longue transition vers le Sud, avec 20-25 km/hrs de vent arrière la vitesse de transition moyenne avoisine le 85 km/hrs, les premiers 10 km en compagnie des deux champions défilent facilement quand un thermique nous explose en pleine tête, d’autres concurrents nous rejoignent ! Ils arrivent à mieux exploiter l’ascendance (ce n’est pas un hasard) et une fois au plafond il dégagent à toute vitesse !! Je m’applique et à mon tour de quitter la base du nuage avec le cadors en visuel pas loin ! Ça flotte tout au long de la crête qui mène à B1, les premiers contournent la balise et reviennent en arrière vers B2 à 44 km plein Nord ! A mon tour de franchir B1 et au demi tour qu’il en suit ça n’avance plus du tout comme j‘espérais! 25km/hr de vent de face et vu l’axe de transition je me dis que ça ne va pas être facile.
Le groupe de tête est toujours en visuel et détecte un thermique environ 4 km plus loin, j’augmente la cadence pour accrocher le même ascenseur mais avec ce vent dans le nez je traîne et en arrivant trop tard dans le secteur je loupe la pompe ! Le groupe de tête constitué de 5 deltas bascule du plafond plein Ouest pour aller accrocher la route des nuages sur la crête opposé qui monte vers le Nord, je ne peux pas prendre cette option faute d’altitude suffisante et j’observe au sol une hécatombe de concurrents déjà posés qui n’ont même pas pu atteindre B1 !!
Moi j’ai B1 dans ma poche et je continue dans l’axe de B2 mais je me rends bien compte que sur cette ligne de crête le vent lèche la pente, je m’effondre de plus en plus et je me fais castagner bien comme il faut ! Là ça ne m’amuse plus du tout, le vent dans la vallée que je survole est canalisé d’une manière impressionnante, les arbres au sol sont tourmentés, je serre le fesses mais je continue mon chemin vers B2 en sachant pertinemment que la fin du vol approche à grand pas ! Par moments j’ai l’impression de tomber du ciel et à environ 50 m au dessus de la ligne de crête je me prends une claque monumentale qui me fait faire un 180° instantané sans que je puisse contrer quoi que ce soit ! Je réalise que je suis en plein dans le rotors de la forêt balayé par le vent, j’ouvre ma trajectoire et me dirige vers le milieu de la vallée déterminé à me poser dans un champs que je choisi sans hésitation ! Je continue à me faire brasser comme une merde et en approche finale une bulle pars devant mon nez, je sors me jambes du harnais mais je monte toujours, putain, je vais aller me « manger » les arbres en lisière de foret !! Je cherche la poigné du drag-chute et mon aile s’effondre d’un coup, prise de vitesse, je pars dans tous les sens, correction, arrondi et poussé final, je pose me pieds au sol ! Ouf, pas cool l’atterro !! Des gens pas loin viennent à ma rencontre en applaudissant ma manoeuvre mais je leur dis avec un rire nerveux qu’il n’y a pas de quoi me féliciter car j’ai failli tout exploser. Voilà, fin du vol, personne au but aujourd’hui, on apprendra de retour à la base que des pilotes on détruit leur machine dans ces conditions scabreuses, même le directeur d’épreuve admet que c’était « un peux limite » ! A souligner la performance de notre Champion de France Mario Alonzi, le seul pilote en souple à avoir parcouru la plus longue distance sur le parcours jusqu’à 10 km de la dernière balise ! Un grand coup de chapeau mon cher Mario !!
En ce qui me concerne je fais dixième de la manche au général et troisième pilote français sur le parcours ! Sportivement j’ai ma place en équipe de France au Championnat du Monde.pour l’instant il reste quand même un jour de course !

Lundi 01.06.2009 Manche annulée (Eh oui, encore !)

Au briefing du matin, le bulletin météo annonce encore plus de vent que hier, les organisateurs annulent la manche et ils ont bien raison car un peux plus tard Éole se réveille et balaye le Jura Suisse avec une vigueur incroyable !
Le résultat final est une neuvième place au classement Open et au moment de saluer mes collègues français, l’entraîneur me serre la main en me disant...félicitation ! Et maintenant c’est officiel, la nouvelle vient de tomber ce soir : je suis en Équipe de France pour les Mondiaux 2009 !!!!

Voilà 9 ans que je m’investi dans la compète delta au prix d’énormes sacrifices familiaux, professionnels et économiques , et aujourd’hui, être dans le 5 meilleurs pilotes en France est pour moi une énorme fierté !

Je repars à Grenoble ce vendredi pour disputer le Championnat de France, comptez sur moi pour vous donner des nouvelles !

Beaux vols à tous Piero

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Créé pas piero. Derniere edition par piero, 266 jours auparavant. Vu 115 fois. #15
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